Archives mensuelles : août 2015

Auchan à la peine sur le marché français

Magasin Auchan à Saint-Sebastien-sur-Loire (Loire-Atlantique).

La transparence est un exercice risqué. Auchan, pourtant nourri à la culture du secret de la famille Mulliez, s’y essaye depuis quelques années. Pas coté en Bourse, et donc pas tenu de publier ses comptes, le groupe a néanmoins choisi de s’y soumettre tous les six mois.

Le résultat est cruel. L’entreprise nordiste, qui a bâti sa force sur les hypermarchés plutôt bon marché et plutôt situés dans les zones de chalandise populaires, se fait aujourd’hui tailler des croupières par ses concurrents sur son propre terrain, celui des prix.

Ses performances pour le premier semestre, publiées lundi 31 août, font ressortir une baisse de 2,9 % de son chiffre d’affaires en France, à 8,77 milliards d’euros. Auchan est encalminé sur son premier marché, qui pèse un gros tiers de l’activité du groupe.

Dans la compétition de communication financière à laquelle il se livre avec ses concurrents en Bourse, Carrefour et Casino, qui, eux, sont contraints aux comptes trimestriels et aux grands-messes avec les analystes et les investisseurs, Auchan avait promis en mars un retour de la croissance en France en 2015.

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Un objectif désormais totalement inatteignable, même si les choses devraient s’améliorer au second semestre. Il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, avait pourtant prévenu Jean de La Fontaine…

Le groupe présidé par Vianney Mulliez, un des petits-cousins du fondateur, Gérard Mulliez, a réagi tardivement à la guerre des prix lancée dans l’Hexagone en 2012 par Carrefour. Le problème des batailles tarifaires est qu’on ne sait jamais où, ni quand, elles s’arrêtent. Une chose est sûre, celui qui lance le mouvement conserve, le plus souvent, l’avantage sur ses poursuivants.

Pari sur la Chine et la Russie

Carrefour affiche de belles performances depuis plusieurs semestres ; Casino, qui a réagi en 2013, commence à entrevoir le bout du tunnel ; Auchan, dont la réaction tarifaire n’est intervenue qu’en 2014, perd sur tous les tableaux : les parts de marché, les volumes et les prix. Cette spirale déflationniste n’est pas compensée par des chariots qui seraient davantage remplis aux caisses.

Auchan doit aujourd’hui son salut à son développement international, notamment en Chine et en Russie. Un paradoxe, alors que ces deux pays sont confrontés à de sérieuses turbulences économiques. Mais ils offrent encore des territoires où le groupe peut étendre son maillage de grandes surfaces. A moyen terme, le pari sur ces deux géants reste pertinent, même si à court terme les choses s’annoncent beaucoup plus incertaines.

C’est là qu’Auchan tire parti de son statut de société non cotée. S’il doit clairement améliorer sa réactivité commerciale face à ses concurrents, et la publication de ses comptes l’y oblige, il jouit d’un horizon plus lointain pour bâtir sa stratégie d’investissement. La transparence et le temps, deux formidables facteurs de développement.

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Qatar Airways ne licenciera plus les hôtesses de l’air enceintes

Le Monde | 27.08.2015 à 21h29 • Mis à jour le27.08.2015 à 21h32

Une clause qui interdisait aux salariés de Qatar Airways de se marier a également été supprimée.

Il s’agit d’une « première victoire » pour la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF). Mercredi 26 août, Qatar Airways a annoncé avoir mis fin aux clauses de licenciement des hôtesses de l’air enceintes. Selon les nouvelles dispositions en vigueur, celles-ci se verront proposer un emploi de substitution temporaire au sol.

 « Qatar Airways a été forcée d’agir mais c’est une grande avancée », a estimé le président de l’ITF, Paddy Crumlin. Son organisation avait saisi en 2014 l’Organisation internationale du travail (OIT) afin de dénoncer des clauses controversées des contrats de Qatar Airways prévoyant le licenciement automatique des hôtesses de l’air enceintes. En juin, l’OIT avait jugé ces pratiques discriminatoires et sommé la compagnie d’y mettre fin.

« Beaucoup reste à faire »

L’ITF a cependant rappelé que « beaucoup reste à faire » :

« Nous espérons, comme le personnel de la compagnie, que la direction va maintenant s’attaquer à ce que beaucoup d’employés décrivent comme le “climat de peur” au sein de l’entreprise. »

Une autre clause dénoncée par l’OIT, qui interdisait aux salariés de se marier, a également été supprimée. Ces derniers pourront convoler en justes noces, mais en demandant toutefois l’autorisation de la direction de Qatar Airways. « Nos politiques ont évolué en raison de la croissance de l’activité de notre compagnie », a expliqué une porte-parole, affirmant que ces changements n’étaient pas la conséquence de la condamnation pour discrimination par l’OIT en juin.

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Royaume-Uni : les patrons gagnent 148 fois le salaire de leurs employés

La City, à Londres. Les dirigeants des entreprises cotées au FTSE 100 gagnaient 148 fois plus que le salaire moyen de leurs propres employés. En 1998, le ratio n'était "que" de 47.

L’écart entre les salaires des grands patrons et les employés de base n’en finit pas de grandir au Royaume-Uni. En 2014, les dirigeants des entreprises du FTSE 100 – les cent premières entreprises cotées – gagnaient 148 fois plus que le salaire moyen de leurs propres employés. C’est une très légère hausse par rapport à 2013, quand le ratio était de 146, mais nettement plus qu’en 2011, quand il atteignait 139. C’est surtout trois fois plus qu’en 1998, quand le ratio n’était « que » de 47.

L’étude, réalisée par l’association High Pay Centre et publiée lundi 17 août, révèle que les grands patrons britanniques ont empoché en moyenne 4,96 millions de livres (7 millions d’euros) en 2014. Cela représente une hausse de 20 % depuis 2010.

Pour le High Pay Centre, ces statistiques sont la preuve que les mesures passées en 2013 au Royaume-Uni pour tenter d’enrayer le phénomène ont échoué. A l’époque, une vive polémique avait poussé le gouvernement britannique à donner plus de pouvoirs aux actionnaires sur la question de la rémunération.

Apathie des actionnaires

Depuis 2002, ces derniers bénéficiaient d’un vote consultatif sur le salaire des principaux dirigeants. Mais cela n’avait guère d’effet, comme l’a prouvé le cas de Martin Sorrell, le patron de WPP, le numéro un mondial de la publicité. Une majorité de ses actionnaires s’était opposée à son salaire, mais il n’en avait pas tenu compte et avait tranquillement empoché le chèque.

Depuis 2013, les entreprises doivent donc accorder aux actionnaires un vote sur leur politique de rémunération, et elles sont obligées d’en accepter le résultat. Il ne s’agit cependant que des grands principes de la rémunération : les critères utilisés pour calculer le bonus, le versement du salaire en cash ou en actions, etc. A cela s’ajoute le vote consultatif sur les salaires annuels, qui reste en place. « Il semble que cela n’ait eu virtuellement aucun effet », regrette le High Pay Centre.

La principale explication vient de l’apathie des actionnaires. Jusqu’à présent, aucune entreprise n’a essuyé de défaite sur sa politique de rémunération. La banque Standard Chartered est celle qui a senti le plus le vent du boulet, quand 40 % de ses actionnaires se sont rebellés. Les supermarchés Morrisons (26 %) et la banque HSBC (21 %) ont également connu des assemblées générales mouvementées.

Seules deux entreprises retoquées

Quant aux votes sur les salaires annuels (qui sont consultatifs), seules deux entreprises ont été retoquées en 2014. Les actionnaires de Burberry ont refusé la prime de 21 millions d’euros accordée à son nouveau directeur général, Christopher Bailey. A l’autre bout de l’échelle, André Lacroix, un Français qui dirige Intertek, une entreprise de contrôle de qualité et de relativement petite taille au sein du FTSE 100, a renoncé à son bonus garanti de 790 000 euros quand 51 % des actionnaires s’y sont opposés. 

Derrière l’envolée des hauts salaires se cache cependant une nouvelle tendance intéressante : d’un côté, une poignée de rémunérations particulièrement exorbitantes semble en pleine dérive ; de l’autre, une (très légère) modération apparaît. En 2014, Martin Sorrell de WPP et Ben van Beurden de Shell ont fait partie du premier camp, avec des émoluments respectivement de 60 millions et de 27,5 millions d’euros. En revanche, la rémunération médiane des patrons a baissé en 2014, de 2,5 %, même si elle reste de 5,4 millions d’euros.

« Peut-être que ça commence à ralentir, relativise Deborah Hargreaves, la directrice du High Pay Centre. Mais on n’est pas du tout en train de revenir aux niveaux d’antan, ni même d’il y a seulement cinq ans. »

La levée des sanctions, une opportunité pour l’économie cubaine

Une femme devant un distributeur automatique du centre de La Havane, le 31 juillet.

C’est probablement une question de mois. Après la réouverture des ambassades, le 20 juillet, et la reprise des relations diplomatiques entre Cuba et les Etats-Unis le 1er juillet, la levée des sanctions américaines contre l’île dirigée par Raul Castro semble désormais inéluctable.

Le 31 juillet, lors d’un discours à Miami, Hillary Clinton, candidate à l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle de 2016, a ainsi appelé le Congrès à supprimer l’embargo américain « une bonne fois pour toutes », comme le président Barack Obama l’avait fait avant elle. Il faudra néanmoins convaincre les républicains, qui se montrent très réticents sur le sujet.

Dans tous les cas, une chose est sûre : le rapprochement diplomatique entre Cuba et Washington ainsi que la levée progressive des restrictions et les efforts d’ouverture du gouvernement castriste représentent une aubaine économique pour les deux pays.

Dans une étude publiée samedi 1er août, la société Euler Hermes, le spécialiste de l’assurance-crédit, estime ainsi que l’économie cubaine pourrait croître de 5 à 6 % par an entre 2016 et 2020, contre 2 % en moyenne ces cinq dernières années. « En parallèle du rapprochement diplomatique, l’Etat cubain émet des signaux très favorables aux marchés », commente l’économiste Daniela Ordoñez, auteure de l’étude.

L’accélération de la croissance serait, selon elle, principalement tirée par le boom des investissements étrangers, qui pourraient grimper de 15 à 20 % ces prochaines années. « L’île a besoin de moderniser ses infrastructures et ses capacités de production », explique Mme Ordoñez. « L’Etat ouvrira l’économie pour que cela soit possible ».

De fait, les importations supplémentaires d’équipements et de matériels industriels pourraient peser 800 millions de dollars par an (728,4 millions d’euros), les importations de biens manufacturés 350 millions de dollars (318 millions d’euros) et celles d’énergie, 500 millions de dollars (455 millions d’euros).

Au total, les importations cubaines devraient ainsi gonfler de 2 milliards de dollars (1,82 milliard d’euros) par an grâce à la levée des sanctions.

Ouverture progressive aux entreprises étrangères

Si l’embargo américain est officiellement toujours en vigueur, la Maison Blanche a déjà levé plusieurs restrictions importantes. Depuis le 16 janvier, la vente de matériel et équipements américains aux agriculteurs indépendants cubains et entrepreneurs privés de l’île est de nouveau autorisée. Les citoyens américains, en théorie interdits de séjour à Cuba depuis la mise en place de l’embargo, peuvent eux obtenir une dérogation bien plus facilement qu’autrefois.

Enfin, les entreprises américaines peuvent désormais ouvrir des comptes dans les banques cubaines, et les fournisseurs américains de cartes de crédit sont autorisés à opérer sur l’île. « Nous estimons que les Etats-Unis continueront de lever progressivement ces restrictions » affirme Mme Ordoñez, avec optimisme. Ce qui profitera en premier lieu au secteur touristique.

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De son côté, le gouvernement de Raul Castro a dévoilé, en novembre, une vaste « liste de souhaits » à l’intention des investisseurs étrangers. L’idée : leur ouvrir l’accès à un portefeuille de 246 projets, dans de secteurs aussi variés que l’énergie, l’agroalimentaire, la construction, la pharmacie et les biotechnologies.

Le gouvernement estime que ces projets pourraient attirer 10 milliards de dollars (9,1 milliards d’euros) d’investissements étrangers. Il espère en particulier développer la zone de libre-échange de Mariel, qu’il rêve d’ériger en centre portuaire régional.

En plus de cette surprenante « liste de souhaits », le gouvernement de M. Castro a également revu sa politique à l’égard des entreprises étrangères en mars 2014. Elles sont désormais autorisées à opérer sur le territoire – du jamais-vu depuis cinquante ans. « Le gouvernement garde toujours le contrôle, les compagnies étrangères doivent encore obtenir une autorisation avant de s’installer, précise Mme Ordoñez. Mais l’Etat a modifié plusieurs codes en faveur du marché afin de faciliter ces démarches. »

La levée de l’embargo fera des gagnants… et des perdants

Le « boom » de Cuba se traduirait, bien sûr, par une explosion des importations. Mais les partenaires du pays ne seraient pas tous affectés de la même façon. Il y aura même des perdants.

D’après l’étude d’Euler Hermes, les Etats-Unis seraient les premiers à profiter de la levée des sanctions et de l’ouverture cubaine. Leurs exportations vers l’île gonfleraient ainsi de près de 1 milliard de dollars (910 millions d’euros) par an. Et leurs parts de marché dans le pays pourraient passer de 3 % à 25 % en 2020.

Autres pays à en profiter : la Chine, qui pourrait voir ses exportations en direction de La Havane augmenter de 360 millions de dollars par an (327,7 millions d’euros), l’Espagne (+ 200 millions de dollars soit 182 millions d’euros) ou encore la France (+ 100 millions de dollars soit 91 millions d’euros).

Le Venezuela, lui, serait en revanche le grand perdant. Cuba chercherait en effet à coup sûr à diversifier ses sources d’approvisionnement en hydrocarbures, et se tournerait vers d’autres fournisseurs, comme les Etats-Unis. En la matière, les parts de marché du Venezuela pourraient chuter de 70 % d’ici à 2020.

Enfin, l’ouverture de Cuba pourrait changer la donne touristique dans la région. La Jamaïque, la République dominicaine pourraient perdre des parts de marché. Et le port de Mariel pourrait concurrencer les autres zones de libre-échange portuaires de la région.

Un régime de change obscur et complexe

Augusto de la Torre, économiste en chef pour l’Amérique latine et les Caraïbes à la Banque mondiale, appelle néanmoins à la prudence. Selon lui, il ne faut pas sous-estimer les difficultés et obstacles qui pourraient décourager les investisseurs étrangers. En particulier le double système de change en usage dans le pays.

Cuba utilise en effet deux devises : le peso convertible, qui est à parité avec le dollar, et le peso cubain. Ce dernier offre un taux de conversion plus avantageux aux entreprises publiques. Et son fonctionnement est très obscur. « Il est compliqué d’investir dans un marché où l’on ne sait pas combien coûte un dollar », explique M. de la Torre.

L’économiste juge néanmoins crédibles les prévisions de croissance d’Euler Hermes. Lui aussi estime que les investissements étrangers seront indispensables à la modernisation de l’économie cubaine. « Si l’île parvient à attirer des entreprises étrangères qui amèneront avec elles de nouvelles technologies, et à libéraliser progressivement son marché du travail, la vie du peuple cubain s’en trouvera sensiblement améliorée », conclut-il.

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Robert Williams-Urquhart