Archives mensuelles : octobre 2015

Le gouvernement étend le prêt à taux zéro pour relancer l’accès à la propriété

Le dispositif du taux à taux zéro sera élargi à l’ancien et aux revenus moins modestes à partir du 1er  janvier 2016.

Le président de la République, François Hollande, a annoncé, lors de son déplacement à Nancy, jeudi 29 octobre, des mesures « pour permettre au plus grand nombre de Français de devenir propriétaires ». Le chef de l’Etat a pris garde de se démarquer du slogan sarkozien « la France de propriétaires », en précisant qu’il agissait ainsi « non pas parce que l’on considérerait qu’être propriétaire est finalement un but dans la vie, mais c’est une sécurité et aussi une fierté ».

Sans attendre que tous les arbitrages soient rendus, M. Hollande a annoncé un renforcement significatif du prêt à taux zéro (PTZ), inventé en 1995 par Pierre-André Périssol, alors ministre du logement dans le gouvernement d’Alain Juppé. Ce désormais vieil outil a fait ses preuves pour doper l’achat, par des ménages aux revenus modestes ou moyens, de leur premier logement. Autre avantage : il suffit d’un décret pour en modifier les paramètres, avec une application rapide, en l’occurrence dès le 1er janvier 2016.

Quatre améliorations sont envisagées

Accordé par les banques, le PTZ est réservé aux primo-accédants pour l’achat de leur résidence principale et consenti sans intérêt, le capital étant remboursable sur des durées variées, selon cinq tranches de revenus des emprunteurs. Plus ceux-ci sont modestes, plus long est le prêt, jusqu’à 21 ans.

Quatre améliorations sont envisagées. Tout d’abord, le PTZ permettra d’acheter un logement ancien à condition d’y réaliser des travaux d’une valeur de 25 % du prix d’achat. Cet élargissement à l’ancien avait déjà été amorcé en septembre 2014, mais réservé aux acquisitions réalisées dans 6 000 puis 30 000 communes rurales (dites de la zone C). Le nombre de PTZ est ainsi passé de 44 000, en 2014, à 65 000, en 2015. Bientôt éligible à « la quasi-totalité du territoire », comme l’a annoncé le chef de l’Etat, sans plus de précision, il devrait concerner aussi les zones urbaines.

Le montant prêté, dans le neuf comme l’ancien, sera aussi augmenté, jusqu’à 40 % du prix d’achat, alors qu’il est plutôt, en 2015, de 13 % à 26 % d’un montant moyen de 37 000 euros, pour une acquisition de 190 000 euros, soit 20 % de l’achat.

« Une excellente nouvelle »

Autre bonification, tous les ménages éligibles bénéficieront de cinq ans de différé de remboursement, jusqu’ici réservé aux accédants des tranches de revenus les plus basses. Il est aussi envisagé de relever les plafonds de ressources des emprunteurs qui, aujourd’hui, concernent déjà les deux tiers de ménages français.

Ces coups de pouce peuvent être facilement absorbés par le budget de l’Etat, et la dépense, contenue grâce aux faibles taux d’intérêt, ne se fera sentir qu’en 2017, puisque l’Etat compense le manque à gagner des banques avec un an de décalage. Dans les budgets 2015, il était prévu une enveloppe d’un milliard d’euros, qui n’a été consommée qu’à hauteur de 600 millions d’euros (pour 65 000 PTZ). Avec les nouvelles mesures, ce montant devrait plus que doubler.

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Les professionnels de l’immobilier se réjouissent de ces annonces. « C’est une excellente nouvelle, se félicite Bernard Cadeau, président du réseau d’agences ORPI, même si nous regrettons que la mesure n’aille pas aussi loin qu’espéré. » En solvabilisant beaucoup d’acquéreurs, le gouvernement compte redonner le moral à la filière bâtiment mais le risque, à trop distribuer de crédits, est de relancer l’inflation des prix des logements.

Pourquoi Apple Pay ne décolle toujours pas

applepay

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« 2015 sera l’année d’Apple Pay », assurait Tim Cook, le patron du groupe à la pomme, en septembre 2014. Mais un an après son lancement, le système de paiement mobile peine encore à décoller aux Etats-Unis. Passé l’effet de curiosité des premiers mois, le rythme d’adoption a sévèrement ralenti. Selon le cabinet Phoenix Marketing International, 14% des foyers américains disposant d’une carte de crédit se sont désormais inscrits à Apple Pay. Mais ils étaient déjà 11% à l’avoir fait en février.

Surtout, ce chiffre ne tient pas compte des personnes inscrites mais qui n’utilisent plus le service. Si Apple assure que le nombre de transactions enregistre un taux de croissance mensuel à deux chiffres, celui-ci reste relativement faible. Le cabinet Aite Group estime que la plate-forme n’est utilisée que pour régler un achat sur cent aux Etats-Unis. Lundi 26 octobre, le chaîne d’habillement American Eagle Outfitters a expliqué qu’Apple Pay représentait moins d’1% des transactions dans ses boutiques.

INTÉRÊT POUR LE CONSOMMATEUR

Deux obstacles majeurs se dressent face à Apple Pay et aux systèmes de paiement de ses rivaux, comme Android Pay, récemment lancé par Google. D’abord, convaincre les consommateurs de l’utilité d’un porte-monnaie électronique. “Ils n’aiment pas modifier leurs habitudes en matière de paiement, souligne Eric Grover, qui dirige la firme de consulting Intrepid Ventures. Ils mettent donc beaucoup de temps pour adopter des innovations, d’autant plus que le système actuel fonctionne très bien. »

« Les gens ne voient pas l’intérêt d’utiliser Apple Pay, renchérit Jared Schrieber, directeur de la société de recherche InfoScout. Ils sont satisfaits des moyens de paiement qu’ils utilisent actuellement et ne savent pas comment Apple Pay fonctionne ». Ces deux raisons sont ainsi invoquées par plus de 70% des personnes interrogées dans une étude menée par InfoScout, en partenariat avec le site spécialisé Pymnts.com. Par ailleurs, 19% d’entre elles avancent des doutes sur la sécurité du système.

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RÉTICENCE DES DISTRIBUTEURS

Deuxième obstacle: seulement 2% des magasins américains disposent de terminaux compatibles avec la technologie NFC, utilisée par Apple Pay. Beaucoup de commerçants ne souhaitent pas assumer les coûts liés au renouvellement de leur équipement. Mais d’autres refusent tout simplement de l’utiliser. C’est le cas de Wal-Mart et d’une quarantaine d’autres grandes enseignes. Réunies au sein du consortium MCX, elles souhaitent en réalité imposer leur propre plate-forme de paiement.

“Si ApplePay n’est pas accepté dans de nombreux magasins, il est possible que ses utilisateurs renoncent ou oublient de l’utiliser dans les magasins qui l’accepte, estime Cherian Abraham, du cabinet Experian. Plus de magasins accepteront ApplePay et plus les habitudes changeront rapidement”. Une hypothèse confirmée par l’étude d’InfoScout. 30% des personnes inscrites mais n’ayant pas utilisé le système pour régler un achat expliquent avoir oublié. Et 30% n’étaient pas sures que le magasin l’acceptait.

CARTES À PUCE

Le taux d’adoption pourrait cependant être relancé par la généralisation progressive et imposée des cartes à puces aux Etats-Unis. D’une part, cela va contraindre les commerçants à acquérir de nouveaux terminaux de paiement. Or, « la grande majorité des nouveaux modèles sont compatibles avec la technologie NFC », indique Philippe Lazare, le PDG du fabricant français Ingenico. Pour les petits commerçants, accepter Apple Pay ne sera donc plus synonyme de coûts supplémentaires.

D’autre part, l’utilisation de cartes à puce va rendre l’acte de paiement plus fastidieux qu’actuellement. Au lieu de simplement glisser leur carte, les clients devront désormais taper leur code confidentiel. Une procédure plus longue, à laquelle les Américains ne sont pas habitués. Ce changement pourrait ainsi favoriser Apple Pay, une solution qui pourrait apparaître plus rapide et plus simple. Par ailleurs, la firme de Cupertino mise aussi sur la prochaine arrivée des programmes de fidélité sur son application.

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Photo: Shinya Suzuki

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Le DRH d’Air France veut des contrats de travail en fonction de la « productivité » des salariés

Dans une interview au Parisien daté de lundi, Xavier Broseta, le directeur des ressources humaines d’Air France, déclare qu’il veut proposer des contrats de travail à la carte à ses salariés en fonction de leur productivité. La compagnie aérienne a récemment présenté un plan de restructuration menaçant jusqu’à 2.900 emplois sur 2 ans.

« Dans le premier, le salarié accepte d’atteindre la productivité demandée, son salaire reste identique à celui d’aujourd’hui. Dans le deuxième, il travaille encore plus mais gagne plus. Dans le troisième, enfin, il peut refuser de suivre cette hausse de la productivité, mais alors sa rémunération diminue », explique Xavier Broseta au quotidien.

« C’est sur la table  »

« On a fait cette proposition aux pilotes, on peut l’étendre aux hôtesses et aux stewards. C’est sur la table », indique le responsable.

Air France qui a déjà perdu 5 500 postes entre 2012 et 2014, est dans la tourmente depuis que direction et pilotes ont échoué à s’entendre sur un plan de développement prévoyant que tous les navigants volent une centaine d’heures de plus par an.

Faute d’accord, la compagnie a présenté le 5 octobre un plan de restructuration menaçant 300 emplois de pilotes, 900 d’hôtesses et stewards, 1 700 au sol, sur 2016-2017.

« Si notre objectif est d’augmenter la productivité, on ne veut pas l’imposer à tout le monde », indique Xavier Broseta pour justifier la proposition de contrats de travail différenciés.

« Syndicats et salariés ont du mal à comprendre qu’on leur demande de nouveaux efforts, alors qu’ils en ont déjà fait beaucoup, j’en ai conscience: en 4 ans, il y a déjà eu 6.500 départs », reconnaît le DRH.

« Mais aucun n’a été contraint. Notre stratégie est la bonne », ajoute-t-il en mettant en avant les bénéfices que l’entreprise devrait dégager en 2015 alors que ses pertes d’exploitation s’élevaient à 572 millions d’euros en 2012, quand il est arrivé.

Mais « ceux qui pensent qu’Air France survivra parce qu’elle gagne 100 millions d’euros par an se font des illusions », estime Xavier Broseta. « Aujourd’hui, en bourse, nous valons un peu moins de 2 milliards d’euros. C’est peu » et ne permet pas au groupe de se mettre à l’abri d’éventuels opérations de rachat hostiles, ajoute-t-il.

« Ma veste se déchire »

Le directeur des ressources humaines d’Air France a également raconté au Parisien comment sa chemise avait été arrachée par des salariés en colère lors d’une réunion annonçant un plan de « restructuration » menaçant 2.900 postes.

Le 5 octobre quand le comité central d’entreprise (CCE) débute, « l’ambiance est déjà tendue. Des SMS réguliers m’informent que les manifestants s’approchent. Vers 10h15, ils sont près du siège. A ce stade, nous avons encore confiance dans le portail », confie Xavier Broseta au quotidien.

« Tout s’accélère quelques minutes plus tard, je reçois un SMS d’un collègue qui est dehors, dans la foule: ’Evacuez’ », raconte-t-il.

Le secrétaire de la séance, un syndicaliste de la CGT, souhaite poursuivre les discussions, pensant « qu’il n’y a pas le feu » puis « tout est confus », ajoute le DRH.

« C’est la cohue »

Alors que le PDG d’Air France Frédéric Gagey a déjà été évacué, des responsables syndicaux tentent de protéger Xavier Broseta et d’autres membres de la direction. « C’est la cohue, ça pousse, ça tire, on tente d’aller dans une autre salle (…). Ma veste se déchire, je la prends dans mes bras avec mes affaires. Nous sommes poursuivis », se remémore le responsable.

Dehors sur la pelouse, « quelqu’un m’attrape par derrière, tire le col de ma chemise, si fort que le bouton du col lâche. On me tire fort vers l’arrière et moi je tire fort dans l’autre sens pour me dégager. Tous les boutons sautent, ma chemise y reste », ajoute-t-il. Avec un autre dirigeant d’Air France, ils escaladeront une grille pour échapper aux manifestants.

M. Broseta a porté plainte car « certaines formes de violence n’ont pas leur place dans une négociation », estime-t-il.

Dix-huit salariés sont concernés par des procédures de sanctions, 12 pour les dégradations de matériel ou ouverture frauduleuse des portes d’accès au siège, et six pour des agressions physiques, indique M. Broseta.Cinq personnes sont par ailleurs poursuivies par la justice pour violences en réunion.

Vivendi dément la « chute des abonnés » de Canal+

Le président du conseil de surveillance de Vivendi, Vincent Bolloré.

La tension est montée chez Vivendi, lundi 19 octobre, au lendemain de la publication par Le Parisien d’un article faisant état d’une « chute des abonnés » de Canal+ qui, selon le quotidien, « atteint 10 % en septembre ». Lundi soir, le groupe de médias a publié un communiqué dénonçant « la propagation de fausses informations » et demandé une enquête à l’Autorité des marchés financiers (AMF) après avoir vu son cours en Boursebaisser de 2,12 %.

Un sérieux coup de semonce pour Le Parisien, qui a corrigé son information, lundi soir. Selon la nouvelle version de l’article du quotidien, c’est « le nombre de nouveaux abonnés [qui] a baissé de 10 % en septembre (par rapport à septembre 2014) ».

La baisse ne concernerait donc pas le nombre d’abonnés global – « ce chiffre est positif », affirme le groupe dans son communiqué – mais le volume de recrutements en France. Cela n’en reste pas moins inquiétant pour Canal+ qui proposait, en septembre, une partie des matches de la Coupe du monde de rugby et la saison 2 d’une de ses séries phares, Les Revenants.

Baisse des abonnements en France

Trésor de Canal+, les abonnements font l’objet de toutes les attentions, mais le groupe ne communique pas à leur sujet. On estime que Canal+ compte environ 9 millions d’abonnements en France, en ajoutant ceux à Canal+ au sens strict, ceux du bouquet CanalSat et ceux de l’offre de vidéo à la demande CanalPlay.

En France, la baisse des abonnements à CanalSat a un temps été gommée par la progression des recrutements de CanalPlay. Selon plusieurs sources, ce ne serait plus le cas. BFM-TV a chiffré à 185 000 la baisse des abonnements en 2013 et Le Figaro a récemment évoqué un rythme annuel de 240 000 abonnements perdus pour 2015.

Le modèle premium de Canal+, placé en haut de gamme – environ 40 euros par mois pour le bouquet Canal+ et 65 euros en ajoutant CanalSat – subit la concurrence de nouveaux entrants, comme BeIN Sports, positionné à 13 euros par mois, ou Netflix, le service de vidéo à la demande par abonnement, dont la première offre est à 8 euros par mois. BeIN Sports revendique « autour » de 2,5 millions d’abonnés et on estime à 500 000 le nombre de clients conquis par Netflix en un an.

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Arrivé à la tête de Vivendi et de Canal+ en juillet, Vincent Bolloré n’a pas caché que l’affaiblissement du modèle historique du groupe le préoccupait. Devant le CSA, le 24 septembre, il avait même indiqué que Canal+ pourrait devenir déficitaire en 2016, après avoir subi une baisse de son résultat opérationnel en 2014, à 20 millions d’euros (et 583 millions pour l’ensemble du groupe).

Vers une internationalisation croissante

Mais s’il recule en France, le nombre d’abonnés à Canal+ dans le monde progresse et atteindrait près de 6 millions. Historiquement présent en Pologne et au Vietnam, le groupe se développe actuellement fortement sur le continent africain et nourrit des ambitions en Europe du Sud via Telecom Italia, dont Vincent Bolloré détient plus de 19 %. Depuis son arrivée, celui-ci défend l’internationalisation de Canal+. Une façon d’assumer que le chiffre d’affaires réalisé en France a vocation sinon à se réduire, du moins à devenir minoritaire dans l’ensemble.

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Intitulé « La Chute de la maison Canal+ », l’article du Parisien s’arrêtait également sur les mauvaises performances des tranches en clair, symbolisées par la relance manquée du Grand Journal, désormais présenté par Maïténa Biraben. L’émission d’avant-soirée est tombée à moins de 650 000 spectateurs, loin de la formule précédente, et se voit devancée par ses concurrentes comme C à vous de France 5. D’autres émissions en clair sont touchées par ce repli, à l’image de La Nouvelle édition.

L’importance réellement accordée par l’équipe de Vincent Bolloré à ces baisses d’audiences reste incertaine. L’industriel clame depuis son arrivée que le seul indicateur de résultats qui lui importe est le nombre d’abonnés et fait comprendre qu’il va réduire le clair sur Canal+, même si le modèle historique de la chaîne repose sur une corrélation entre la puissance des audiences en clair et la vigueur des recrutements. Vivendi semble vouloir privilégier désormais d’autres leviers de recrutement.

La banque, l’évasion fiscale et le blanchiment

Devant le siège du Crédit mutuel à Paris, Alain Fradin, directeur général de la banque, a du mal à répondre aux questions que lui pose le journaliste Nicolas Vescovacci.

Si, au dernier moment, Canal+ ne se lance pas dans des chicanes juridiques sous forme de référé, le documentaire Evasion fiscale, une affaire française, censuré en mai par la chaîne cryptée, sera diffusé mercredi 7 octobre sur France 3 dans le cadre du magazine «  Pièces à conviction  », sous le titreEvasion fiscale, enquête sur le Crédit mutuel.

Cette enquête fouillée et documentée réalisée par les journalistes Geoffrey Livolsi et Nicolas Vescovacci démonte un système d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent organisé par des dirigeants du Crédit mutuel. Cette banque, partenaire financier du groupe Bolloré, a aidé le nouveau patron de Canal+ à prendre le contrôle de Vivendi, la maison mère de la chaîne cryptée, ce qui expliquerait la volonté de l’industriel de ne pas gêner ce précieux allié.

Lundi 5 octobre, Mediapart expliquait que la direction de Canal+ a revendiqué sans ambiguïté mi-septembre, devant des représentants du personnel, la censure du documentaire afin de «  défendre les intérêts du groupe  ». «  On ne tue pas ses amis », aurait déclaré Vincent Bolloré.

Il est vrai que le travail réalisé par les auteurs de l’enquête est considérable. Remonté et légèrement rallongé par rapport à sa version initiale, le documentaire explique par le détail comment la banque Pasche, filiale à 100 % du Crédit mutuel, installée à Monaco, organisait l’évasion fiscale de certains de ses clients. L’affaire est mise au jour par trois salariés de la banque qui, à travers le réseau informatique interne, découvrent de sérieux dysfonctionnements sur certains comptes. De nombreux dépôts en liquide sont effectués à intervalles réguliers par des personnes qui n’ont rien à voir avec ces comptes. Parmi eux, un vendeur italien sur les marchés de la côte ligure qui dépose de grosses sommes d’argent alors qu’il est officiellement chômeur. Ils alertent la hiérarchie de la banque dont le siège est à Genève, puis celle de la banque monégasque. Pour seule réponse, ils sont licenciés en juin 2014 sous des motifs divers et infondés. Ils décident alors de se transformer en lanceurs d’alerte.

Pseudonyme : Albert Camus

Au cours de nombreux entretiens, ils racontent ce qu’ils ont découvert et comment s’organise le système. Grâce à de nombreux documents, les journalistes remontent les pistes. Au cours d’une séquence étonnante, ils nous montrent comment on peut facilement contacter un chargé de clientèle à Genève pour transférer de l’argent dans un paradis fiscal en se faisant passer pour un client ayant pour pseudonyme Albert Camus… Ils demandent aussi des entretiens avec les dirigeants du Crédit mutuel. Sans réponse, ils vont à leur rencontre sans les prévenir et leur posent des questions. La plupart du temps, ces entretiens « sauvages » tournent court, ou mal.

C’est sans doute l’un d’entre eux qui a déclenché la décision de Vincent Bolloré de censurer le documentaire. Apostrophé fin avril à la sortie du siège du Crédit mutuel à Paris, Alain Fradin, directeur général de la banque, a du mal à répondre aux questions que lui pose Nicolas Vescovacci. Le dirigeant de la banque dénonce ses méthodes – plutôt brutales – d’interview.

Pour sa défense, la direction du Crédit Mutuel a indiqué en septembre à l’AFP qu’elle a porté plainte pour « dénonciation calomnieuse » auprès du parquet monégasque et «  qu’à ce jour, et bien que des enquêtes aient été diligentées à Monaco par les autorités judiciaires et financières, la banque ne fait l’objet d’aucune poursuite  ».

Evasion fiscale, enquête sur le Crédit mutuel, de Geoffrey Livolsi et Nicolas Vescovacci (Fr., 2015, 70 min).