Archives mensuelles : mars 2016

Mort de l’économiste américain Lester Thurow, fervent défenseur d’une société « plus équitable »

L'économiste Lester Thurow, chez lui à Lincoln, Massachussetts en novembre 1980. Il est décédé le 25 mars.

L’économiste Lester Thurow, qui fut l’un des premiers à souligner l’importance grandissante des inégalités de revenus, est mort, vendredi 25 mars, à l’âge de 77 ans dans sa maison de Westport (Massachusetts). Cet ancien professeur et doyen du Massachusetts Institute of Technology (MIT) a consacré l’essentiel de sa carrière à étudier les conséquences de la mondialisation avec un sens de la vulgarisation, qui faisait tantôt l’objet de reconnaissance admirative, tantôt l’objet de critiques virulentes de la part de ses pairs.

Lester Carl Thurow est né le 7 mai 1938 à Livingston (Montana). Fils d’un pasteur méthodiste et d’une professeure de mathématique, il suit une scolarité itinérante au gré des affectations de son père dans cette région des Etats-Unis qu’il surnommait avec humour « la Sibérie américaine ». Après une licence de politique économique au Williams College (Massachusetts) obtenue en 1960, il passe un master de philosophie, politique et économie au Balliol College, à l’université d’Oxford en Angleterre avant de revenir dans le Massachusetts pour décrocher un doctorat d’économie à Harvard en 1964. Alors qu’il commence à y enseigner, il devient parallèlement membre du Council of Economic Advisers, où il conseille Lyndon B. Johnson, notamment sur la façon d’éradiquer la pauvreté aux Etats-Unis.

Il a à peine 30 ans lorsqu’il rejoint le MIT en 1968 comme professeur au Département d’économie et à la Sloan School of Management, dont il sera doyen de 1987 à 1993. En 1976, il fait partie de l’équipe de campagne de Jimmy Carter. Mais une fois élu, le président fait appel à d’autres pour le conseiller sur sa politique économique. « Je décidais que si je ne pouvais pas avoir l’oreille du souverain, je m’adresserai au public. C’est une autre façon d’avoir un impact sur le système économique », expliquait-il en 1997 au New York Times.

« Rendrele monde meilleur »

Il ne fut pas avare de sa parole en effet, enchaînant les livres et les conférences à travers le monde pour défendre ses convictions. Dès 1980, dans son best-seller, The Zero-Sum Society (Penguin Books, 230 pages), il affirme ainsi que la seule solution pour fairerepartir la croissance aux Etats-Unis consiste à lancer une politique de redistribution à travers des investissements au niveau fédéral, à réformer la fiscalité et abroger les lois antitrust. Un programme aux antipodes de la politique qui est alors menée par Ronald Reagan.

Lester Thurow clame dans un entretien au magazine Fortune en 1987 qu’il veut « rendre le monde meilleur ». « Il a passé sa vie à essayer de rendre la société plus clairvoyante et plus équitable », confirme Rafael Reif, le président du MIT. Pour y parvenir, il décortique les mécanismes de la mondialisation, le jeu de la compétitivité entre les économies et les mutations industrielles qui bouleversent les équilibres du monde du travail et creusent les inégalités.

Il est un avocat infatigable de l’investissement dans la recherche pour stimuler la croissance et dans l’éducation afin d’anticiper l’adaptation aux ruptures économiques et technologiques. Des thèmes que l’on retrouve notamment dans son ouvrage Head to Head : The Coming Economic Battle Among Japan, Europe, and America publié en 1992 (William Morrow and Co., 336 pages). A ceux qui le prenaient pour un utopiste, il répondait : « Il n’y a pas de solution miracle, mais il y a beaucoup de choses que nous pouvons faire pour rendre la mondialisation plus inclusive si nous prenions plus de recul et que nous laissions les choses se faire ».

Mais ses théories sont loin de faire l’unanimité. Les conservateurs affublent Lester Thurow du sobriquet de « Less Thorough » (moins rigoureux). Même dans le camp progressiste on critique parfois ses raccourcis et le simplisme de ses théories. L’antagonisme est tel avec Paul Krugman – pourtant lui aussi néokeynésien et ancien du MIT – que le New York Times leur consacre un portrait croisé titré « Like Oil and Water », pour souligner leur incompatibilité. Paul Krugman ira même jusqu’à refuser de poser avec lui pour la photo. Ses adversaires auront également beau jeu de pointer la non-réalisation de l’une de ses prédictions : le fait que l’économie japonaise allait surpasser celle des Etats-Unis dans un avenir proche.

Pangea, le superordinateur qui « renifle » le pétrole pour Total

Le superordinateur Pangea se trouve au centre scientifique et technique Jean-Féger du groupe Total, à Pau.

Un supercalculateur, c’est plus sérieux et efficace qu’un avion renifleur pour l’exploration pétrolière. Celui que Total exploite dans son centre de recherche de Pau (Pyrénées-Atlantiques) s’appelle Pangea. La compagnie l’a présenté, mardi 29 mars, comme l’une des dix machines les plus puissantes du monde et même « le premier calculateur de l’industrie ». Ce n’est pas un nouveau-né : ce superordinateur, fabriqué par l’américain Silicon Graphics International, a été installé il y a trois ans. Mais depuis, ses ingénieurs en ont triplé la puissance et il affiche désormais une capacité de 6,7 pétaflops (6,7 millions de milliards d’opérations par seconde), l’équivalent de plus de 80 000 ordinateurs portables, et une capacité de stockage de 26 pétaoctets, soit 6 millions de DVD.

Lire aussi : Les Etats-Unis à la recherche d’un superordinateur

A l’ère du big data (mégadonnées), la cinquième major mondiale « doit être à la pointe du calcul intensif, qui représente un avantage compétitif », estime Arnaud Breuillac, directeur général de l’exploration-production chez Total. Le pétrolier utilise Pangea comme un précieux outil d’aide à la décision pour la découverte et l’exploitation des gisements. En améliorant considérablement la précision de l’imagerie 3D du sous-sol, il offre une meilleure connaissance des réserves, permet de réduire la durée des études et d’optimiser la production des champs pétrolifères.

Lire aussi : Total résiste mieux à la crise pétrolière que ses rivaux

Amortissement très rapide

Cela vaut bien les 35 millions d’euros investis dans le triplement des capacités de la machine, qui s’ajoutent aux 30 millions de l’équipement initial. Total compte amortir très vite cette somme, une part infime des 20 milliards d’euros investis en 2015 par le groupe. Pangea, qui a largement bénéficié de la recherche interne, monte en puissance à un moment clé : présenté il y a trois ans comme un outil au service de campagnes d’exploration « audacieuses » (aujourd’hui abandonnées faute de résultats), c’est désormais un levier de productivité dans un environnement à 40 dollars le baril, qui oblige le groupe à privilégier des provinces pétrolières moins risquées.

Mais Total figure-t-il vraiment parmi les dix meilleurs du monde, toutes catégories confondues ? En France, les supercalculateurs du Commissariat à l’énergie atomique, d’EDF et d’Airbus sont devancés. Le plus puissant reste chinois (Tianhe-2) et le suivant est américain (Titan), exploité par le département de l’énergie, avec respectivement 33,8 et 17,6 pétaflops. Mais la course est effrenée et le prochain classement semestriel qui fait référence (le « Top 500 », créé en 1993), publié en juin, rebattra sans doute les cartes.

Lire aussi : Total met en production un nouveau champ gazier en Ecosse

Moteurs diesel : plainte de l’autorité de la concurrence américaine contre Volkswagen

Le Monde | 29.03.2016 à 18h27

L’autorité de la concurrence américaine (FTC) a porté plainte, mardi 29 mars, contre le constructeur automobile allemand Volkswagen dans l’affaire des moteurs diesel truqués.

Dans un communiqué, la FTC estime que Volkswagen a menti aux consommateurs par le biais de campagnes publicitaires vantant les mérites du « diesel propre » alors que ses voitures étaient équipées de logiciels truqueurs destinés à tromper les tests d’émissions. La FTC demande en conséquence à la justice d’ordonner à Volkswagen de dédommager les acheteurs des voitures concernées entre 2008 et 2015 pour le préjudice subi.

Volkswagen est au cœur d’un vaste scandale aux Etats-Unis et fait l’objet de plaintes multiples de consommateurs qui ont été regroupées auprès d’un juge de San Francisco (Californie). Ce dernier a octroyé la semaine dernière un délai supplémentaire, jusqu’au 21 avril, au deuxième constructeur mondial pour qu’il présente une solution de remise aux normes des voitures affectées et propose des moyens de dédommager leurs propriétaires.

Lire aussi : Six clés pour comprendre le scandale qui secoue Volkswagen

Dell vend ses activités de services à NTT

Le Monde | 28.03.2016 à 15h33

Le groupe NTT a déjà fait plusieurs acquisitions en dehors de l’Archipel pour compenser le déclin des recettes de téléphonie fixe au Japon.

Le japonais NTT Data, filiale du géant des télécoms NTT, annonce, lundi 28 mars, le rachat de Dell Systems Corporations, Dell Technology & Solutions Limited et Dell Services, trois sociétés de services informatiques filiales de Dell, pour 3 milliards de dollars (2,73 milliards d’euros).

Ces entités sont implantées essentiellement aux Etats-Unis, ce qui devrait permettre à NTT d’élargir sa clientèle hors du Japon. NTT Data acquerra 100 % de chacune des trois sociétés et conservera les 28 000 personnes qu’elles emploient, principalement aux Etats-Unis et en Inde. Ces salariés s’ajouteront aux 70 000 du groupe en dehors du Japon. Ces sociétés de Dell fournissent notamment des services informatiques aux institutions et structures médicales aux Etats-Unis.

Acteurs chahutés

Le groupe NTT a déjà fait plusieurs acquisitions en dehors de l’Archipel pour compenser le déclin des recettes de téléphonie fixe au Japon, qui constituaient auparavant l’essentiel de ses revenus au côté des services mobiles.

Chahuté sur ses marchés traditionnels par l’arrivée des smartphones et des tablettes, Dell se sépare de quelques divisions dans le cadre de l’acquisition du fournisseur américain de logiciels et de solutions de stockage de données EMC. Cet achat, pour 67 milliards de dollars (environ 61 milliards d’euros) avait été annoncé en octobre 2015.

Il devrait permettre à Dell d’accélérer sa mutation dans un paysage de l’informatique bousculé par le mobile et le stockage de données à distance, sur des serveurs (cloud).

Lire aussi : L’optismisme retrouvé de Dell

E-sport : La France peut « prendre une place au niveau mondial »

Le député centriste Rudy Salles (deuxième à gauche) et le sénateur socialiste Jérôme Durain (au centre) sur la scène de la Gamers Assembly.

Deux jours après avoir remis à la ministre et secrétaire d’Etat au numérique, Axelle Lemaire, leur rapport d’étape sur la reconnaissance juridique de l’e-sport (les compétitions de jeux vidéo), le député centriste Rudy Salles et le sénateur socialiste Jérôme Durain étaient présents samedi 26 mars à la Gamers Assembly de Poitiers, le plus grand rassemblement national du genre. Les joueurs leur ont réservé un accueil extrêmement chaleureux : les deux auteurs du rapport veulent sortir de la clandestinité l’e-sport, une discipline en pleine explosion. A leurs yeux, celle-ci se rapproche d’une pratique sportive, casse l’image du jeu vidéo comme loisir violent, et offre des perspectives de croissance économique, expliquent-ils auMonde.

Lire aussi : Bientôt un statut de joueur de jeu vidéo professionnel en France ?

Quelles priorités vous êtes-vous données dans ce pré-rapport sur la reconnaissance juridique de l’e-sport ?

Jérôme Durain : L’autorisation des compétitions, la clarification du statut des joueurs, la facilitation de la diffusion et l’organisation de l’écosystème des différents intervenants. Ensuite, il y a trois, quatre points qui sont un peu moins importants : fiscalité, visa, protection des mineurs.

Les sénateurs discuteront du rapport en avril. Y a-t-il certains points sur lesquels vous vous attendez à des résistances ?

Rudy Salles : Nous avons déjà eu des résistances au niveau du ministère des sports, dès lors que l’on parlait d’e-sport. […] Le ministère du sport n’a pas envie de devenir son ministère de tutelle. Il dit, et sur ce point il a raison, qu’il y a une organisation du sport en France, avec des fédérations, locales, municipales, départementales, régionales et un tissu associatif qui n’est pas du tout comparable au e-sport. En revanche, il y a beaucoup de points communs entre les deux pratiques et compte tenu de ces similitudes on ne peut pas les déconnecter complètement. En même temps, il y a des aspects qui relèvent plutôt de la jeunesse, plutôt de la culture, plutôt du numérique, donc il faut faire la synthèse. On ne va pas dire que l’e-sport, c’est du sport, mais il y a des points communs et il doit être considéré comme tel.

J.D. : Un élément qui est déterminant, c’est que le rapport existe. Ce secteur [de l’e-sport] est un peu dans la pénombre, dans l’indifférence, voire dans la réprobation. Le fait que les pouvoirs publics s’y intéressent, qu’il y ait des messages de tous les partenaires institutionnels, politiques, économiques, que les gens d’ici [la Gamers Assembly de Poitiers] aient le sentiment que les pouvoirs publics s’occupent d’eux, tout cela montre que l’on arrive pile au bon moment pour prendre une place au niveau mondial, dans un secteur qui est mondialisé et qui se cherche des références.

R.S. : La France était en retard, et si ce rapport aboutit, la France sera en avance. Il y a d’ailleurs des réactions positives à ce rapport au niveau européen. On va dans la bonne direction.

Pour les deux auteurs du rapport sur les compétitions de jeu vidéo, il y a une urgence : leur donner un cadre juridique pour favoriser leur développement.

Vous avez une position très bienveillante vis-à-vis de l’e-sport et du jeu vidéo. Est-ce lié à votre approche ou faut-il y voir un changement plus profond des mentalités ?

J.D. : C’est un peu de tout cela, et en même temps, c’est lié à la mission qui est la nôtre. On nous a demandé de régler la question des compétitions d’e-sport. En amont, il y a celle du jeu vidéo en général, mais nous n’allons pas régler la question de la violence, de son machisme, etc. Il y a également une autre série de difficultés qui sont, elles, en aval, qui concernent, par exemple, les paris sur les compétitions, mais qui sont du champ de l’ARJEL [Autorité de régulation des jeux en ligne] en France. Cela ne nous concerne pas. Au-delà des questions politiques, nous sommes tombés à peu près d’accord sur l’idée de promouvoir le développement. C’est à la fois l’esprit du temps et de la mission.

R.S. : Vous m’auriez posé la même question il y a deux mois j’aurais été incapable de vous répondre, je n’avais aucune idée sur le sujet, je ne suis pas moi-même gamer. Aujourd’hui nous nous sommes immergés et nous nous sommes fait une idée, et même une idée précise. Mais le problème est qu’à l’Assemblée nationale une grande majorité de parlementaires ont une ignorance du sujet, et donc une grande méfiance. Notre rôle aujourd’hui auprès des ministres, de nos collègues, du rapporteur au Sénat, c’est d’assurer le « service après-vente » et expliquer tout l’aspect positif [de l’e-sport] pour l’économie française et démonter un certain nombre d’idées reçues sur le sujet.

J.D. : Nous ne sommes pas naïfs. Tout ce qu’on propose ne sera pas forcément adopté, mais le rapport offre un vrai diagnostic des difficultés du secteur, ainsi que des pistes de réponses sur plusieurs sujets. Cela va peut-être bouger, ce n’est pas définitif, c’est juste une première étape. Mais le signal envoyé est important.

Certains jeux utilisés dans les tournois sont déconseillés aux moins de 18 ans (PEGI 18). Comment les associer à une vision positive du jeu vidéo et prôner la libéralisation des retransmissions ?

J.D. : Nous ne sommes pas dans l’évangélisme, nous revendiquons le droit de poser des questions sur les lieux de débat et de régulation. Le PEGI, c’est très sympa, mais un enfant qui va avec son père dans un hypermarché et prend un jeu – 18, cela ne pose de problème à personne. Le PEGI est indicatif. Je veux bien que ce soit la table de la loi, mais cela reste léger. En revanche, quand il est inscrit dans les règles des organismes de régulation de l’audiovisuel, il devient rédhibitoire. Avoir pour l’e-sport une table ou une commission autour de laquelle tout le monde se réunit et débat est peut-être la bonne solution.

L’e-sport peut-il être un levier pour amener vers la compétition et le jeu pur des éditeurs qui utilisaient la surenchère de violence comme argument commercial ?

R.S. : Ce que l’on voit quand on va dans les tournois locaux, c’est justement qu’il règne une ambiance bon enfant très sympa.

J.D. : Peut-être que l’e-sport peut devenir un endroit où l’on essaie d’arrondir les angles et d’aller vers des choses qui sont plus grand public. C’est le sens de ce rapport.

R.S. : Et c’est une ouverture du jeu vidéo vers l’extérieur. On a toujours l’image du joueur de jeu vidéo qui est enfermé sur lui-même, seul devant sa console, alors que la compétition fait que les gens se rencontrent. Il y a une vraie communauté, humaine, et qui par son comportement, démonte complètement l’image que l’on pouvait en avoir au départ. Il n’y a d’ailleurs pas de violence. On voit des joueurs extrêmement concentrés et des spectateurs extrêmement motivés. J’en parlais tout à l’heure avec un pédiatre qui me disait qu’on avait souvent parlé de la violence dans les jeux vidéo sans avoir jamais démontré qu’elle amenait la violence dans la vie réelle. On montre plutôt le contraire. Mais ce n’est pas l’objet de notre mission.

Comment mettre en place un statut professionnel de joueur d’e-sport quand ce loisir est aussi jeune en France et que l’on a aussi peu de retours d’expérience ? Il n’y a quasiment aucun retraité, que sait-on de la durée d’une carrière ?

R.S. : Elle ne dure pas un ou deux ans mais quelques années. Je dirais que c’est quand même très comparable à la carrière des sportifs.

J.D : Par ailleurs, on apprend à marcher en marchant. Là, on essaie de sortir l’e-sport de son impasse législative et réglementaire. On n’apportera peut-être pas toutes les solutions. Mais on mettra peut-être fin à cette période de bricolage où un joueur diffuse une vidéo en étant payé par une boîte pour des droits d’image mais n’est pas payé pour jouer et s’entraîner. Peut-être n’irons-nous pas jusqu’au bout, mais c’est le début de l’aventure et cela vaut le coup d’essayer.

Projet de loi travail : face à face tendu entre manifestants et forces de l’ordre

Plusieurs milliers d’étudiants et lycéens manifestaient, jeudi 24 mars en France, contre la réforme du droit du travail, lors de défilés parfois émaillés d’incidents. A Paris, dans le quartier Montparnasse ou à Nantes, plusieurs dizaines de manifestants cagoulés et masqués ont brûlé des poubelles et ont lancé des projectiles, notamment des bouteilles, sur les forces de l’ordre, qui ont riposté à coups de grenades lacrymogènes.

Credit suisse supprime 2 000 emplois supplémentaires

Le Monde | 23.03.2016 à 11h21 |Par Jade Grandin de l’Eprevier

Le PDG de Credit suisse, Tidjane Thiam, au Sommet de Davos, en Suisse, le 4 février.

Credit suisse continue de sabrer dans sa banque d’investissement. La deuxième banque suisse a annoncé mercredi 23 mars qu’elle allait supprimer 2 000 postes dans ses activités de marché, jugées « surdimensionnées », coûteuses et aux résultats « décevants » pour le quatrième trimestre 2015. Cela porte à 6 000 l’objectif des réductions de postes pour 2016, dont 2 800 ont déjà été effectuées. Toutes les divisions y ont contribué, a souligné la banque dans un communiqué.

« Les facteurs combinés d’une importante base de coûts impossible à réduire, de l’exposition à un portefeuille d’obligations non liquides, d’une activité clients historiquement basse et de conditions de marché difficiles ont mené à des résultats financiers décevants, a déclaré Tidjane Thiam, le PDG du groupe. Dans ce contexte, nous avons pris des mesures immédiates pour réduire nos positions surdimensionnées dans des activités qui ne sont plus cohérentes avec notre nouvelle stratégie. »

Plus d’économies que prévu

Les effets de son plan de réduction de coûts se faisant attendre, Tidjane Thiam accélère la restructuration. Arrivé à la tête de la banque en juillet 2015, le Franco-Ivoirien a engagé en octobre 2015 une vaste remise à plat des activités de Credit Suisse, visant à réduire la voilure dans la banque d’investissement pour mettre l’accent sur la banque privée et la gestion de fortune. Alors que son objectif initial de réduction des coûts était de 3,5 milliards de francs suisses (3,2 milliards d’euros), la banque l’a relevé mercredi à 4,3 milliards de francs suisses. Elle prévoit d’en réaliser 1,7 milliard en 2016.

Lire aussi : Credit suisse dévoile son traitement de choc

« Cette accélération de la restructuration arrive au bon moment et devrait être bien reçue car elle répond à certaines critiques décisives des actionnaires qui trouvaient la banque d’investissement encore trop grosse », estime Andreas Venditti, un analyste de Vontobel cité par Bloomberg. L’action du groupe helvète a perdu environ 40 % de sa valeur depuis le mois d’octobre, quand Tidjane Thiam avait présenté sa nouvelle stratégie.

Mais le dirigeant ne manque pas de réactivité. Le 7 février, alors que Credit suisse venait de publier une perte annuelle de 2,9 milliards de francs suisses et que l’action plongeait à un plus bas de vingt-quatre ans, il a annoncé la réduction de son bonus et de ceux des cadres de la banque.

Lire aussi : Le patron de Credit suisse tranche dans son bonus

  • Jade Grandin de l’Eprevier

La grève des contrôleurs aériens entraîne retards et annulations

Le Monde | 21.03.2016 à 14h02

Dimanche, les perturbations avaient été plus importantes que prévu en raison de la concentration des vols de retours de week-end en fin de journée et de la difficile estimation du nombre de grévistes.

Le trafic de plusieurs aéroports restait perturbé, lundi 21 mars, pour la deuxième journée en raison d’une grève des contrôleurs aériens. Ce mouvement social, qui doit s’achever lundi soir, a été lancé dimanche par l’Union nationale des syndicats autonomes-Ingénieurs du contrôle de la navigation aérienne (UNSA-ICNA, troisième syndicat chez les aiguilleurs) pour réclamer, entre autres, « l’arrêt de la baisse des effectifs » de contrôleurs et la défense de primes spécifiques.

La Direction générale de l’aviation civile (DGAC) a demandé aux compagnies de réduire leur programme de vol d’un tiers pour les aéroports d’Orly et de Marseille, et de 20 % pour les aéroports de Lyon, Nice et Beauvais.

Les aéroports de Brest, Nantes, Rennes accusaient également quelques annulations et retards ; il en allait de même à Toulouse, Biarritz, Pau et Lille.

D’une heure à deux heures trente de retard

Le trafic était surtout perturbé en région parisienne. Selon des sources aéroportuaires, « environ 140 passagers ont passé la nuit de dimanche à lundi sur les deux aérogares à Orly ». Toutefois, malgré l’annulation d’un vol sur trois, « la situation est calme car beaucoup de passagers ne se sont pas présentés ». Les vols avaient en moyenne d’une heure à deux heures trente de retard, selon les sources. Dimanche, seulement 50 % du trafic avait été assuré à Orly, et près de 40 % des vols retardés.

Les perturbations avaient été plus importantes que prévu en raison de la concentration des vols de retours de week-end en fin de journée et de la difficile estimation du nombre de grévistes. Contrairement aux salariés de l’aérien, ils n’ont pas à se déclarer à l’avance, mais ils peuvent être réquisitionnés pour assurer 50 % du trafic prévu.

Première compagnie concernée, Air France a proposé à ses clients devant voyager à l’intérieur de l’Hexagone de reporter leurs vols jusqu’à jeudi inclus. La compagnie prévoyait d’assurer son programme de vols long-courriers ainsi que tous ses vols de et vers l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, sans exclure des retards et annulations de dernière minute.

De son côté, EasyJet a annulé près de 90 vols lundi. A Beauvais, Ryanair a supprimé 20 vols au départ sur 76.

Grève chez Lagardère : « Le Journal du dimanche » ne paraîtra pas

Le Monde | 19.03.2016 à 15h41

Le Journal du Dimanche (Le JDD) ne paraîtra pas dimanche 20 mars en raison d’une grève contre le plan de départs volontaires annoncé par le groupe Lagardère. Le journal n’avait jamais jusqu’ici été bloqué par une grève de la rédaction, selon des journalistes.

Lire aussi : Les journaux du groupe Lagardère votent la grève

Le groupe a annoncé mardi un plan de 220 départs volontaires dans sa branche presse (Le JDD, Paris-Match, Elle, Télé 7 Jours, Ici Paris…) dont les effectifs ont déjà été réduits de 800 personnes en trois ans.

Vendredi soir, la direction a adressé aux salariés un e-mail pour expliquer son plan, en assurant que le nombre de départs annoncés n’avait qu’un « caractère indicatif » et que son objectif était de « sauvegarder [les] titres sans licenciement ». Ce texte n’a pas rassuré les salariés, qui restaient en grève samedi. Aucune réunion n’est prévue avant lundi, jour d’une nouvelle assemblée générale du personnel.

« Elle » pourrait aussi ne pas paraître

« La rédaction de Elle est en grève et les journalistes sont très déterminés : le magazine a jusqu’à lundi soir pour boucler donc il pourrait ne pas paraître. France Dimanche, Public et Version Femina aussi sont en grève », précise une source syndicale.

Le plan concerne 42 % de la rédaction du magazine Télé 7 Jours (soit environ 25 personnes) et un tiers de la rédaction d’Ici Paris (5 personnes environ), près d’un tiers de la rédaction du JDD (environ 15 personnes), 26 % de celle de Paris-Match (environ 20 personnes) et 18 % de celle du magazine Elle (environ 15 personnes).

Lire aussi : Chez Lagardère, la peur de « la fin d’une histoire »

La solitude de Mario Draghi

Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, le 17 mars, à Bruxelles.

Lui arrive-t-il d’avoir envie de jeter l’éponge ? D’abandonner la partie, de filer se réfugier sur une île déserte ? Ne se lasse-t-il jamais de ce combat que d’aucuns jugeraient harassant, beckettien, pour ne pas dire perdu d’avance ?

Selon Bloomberg, Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), a rencontré les leaders européens, jeudi 17 mars, à Bruxelles. Objet de cet entretien à huis clos, selon l’agence de presse : convaincre les chefs d’Etat d’agir pour clarifier le futur de la zone euro, tout en renforçant sa croissance. En commençant par solidifier le troisième pilier de l’union bancaire, à savoir la garantie commune des dépôts. Ou encore, en prenant des mesures structurelles et budgétaires susceptibles de doper les créations d’emplois et l’activité.

Merkel et Hollande ont d’autres chats à fouetter

Résultat ? La chancelière allemande, Angela Merkel, aurait vivement envoyé Mario Draghi dans les cordes. Vendre une assurance commune des dépôts à ses électeurs alors qu’elle lutte déjà pour les convaincre du bien-fondé de sa politique migratoire ? Hors de propos. Sans parler des discussions houleuses avec la Turquie à propos de la gestion des réfugiés. Bref, Angela Merkel a d’autres soucis.

Elle n’est pas la seule. Débordé par la fronde au sein du Parti socialiste, François Hollande, lui, s’embourbe dans les ratés de la loi El Khomri sur la réforme du marché du travail. En Italie, le président du conseil, Matteo Renzi, s’inquiète de la montée de l’organisation Etat islamique (EI) en Libye. L’Espagne, elle, se cherche toujours un gouvernement.

Oui. Ils ont d’autres chats à fouetter, les politiques. Tellement qu’ils en perdent parfois de vue l’essentiel. Ils se fourvoient dans la gestion de l’urgence, si bien qu’ils ne voient plus venir le mur. La zone euro, comme l’Union européenne, va mal. La croissance n’est pas suffisamment solide pour régler rapidement le problème du chômage, en particulier des jeunes. La crise des migrants met à bas la solidarité déjà bien maigre entre les Etats membres. Les eurosceptiques font leur grain du mécontentement qui partout gronde.

la zone euro sans cap

Pire encore, peut-être : la zone euro n’a pas de cap. C’est le message que Mario Draghi tente d’envoyer à ses dirigeants lorsqu’il leur demande de clarifier le futur de l’union monétaire. Lorsqu’un navire s’égare en plein océan, sans vivres, sans eau, l’équipage ne peut tenir que s’il sait que son capitaine a une destination en tête et saura les y mener. Dans le cas contraire, les marins cesseront le combat. Les plus désespérés quitteront le bateau sur une embarcation de fortune pour tenter leur chance en solo.

Mario Draghi ne peut pas être le capitaine de la zone euro – il est seulement chargé de la politique monétaire. Il ne peut pas définir sa destination – il n’a pas la légitimité des urnes. Il fait en revanche partie des lucides ; ceux qui voient que sans projet commun fort, et sans leader pour le porter, la zone euro n’a guère lieu d’être. La monnaie unique n’est pas une fin. Elle est un moyen, mais pour aller où ?

Sans réponse claire, les peuples éreintés finiront peut-être par choisir l’option du désespoir : quitter le navire pour tenter leur chance en solo.

Lire aussi : Croissance : le jour où la BCE fera pleuvoir les billets sur les ménages