Archives mensuelles : mai 2016

Le maillot de Messi, nouvel avatar de la mondialisation

Le Monde | 01.06.2016 à 11h16 |Par Nicole Vulser

Le salaire versé aux travailleurs qui fabriquent des baskets ne représente que 2 % de leur prix de vente. Et 1 % de celui des maillots de football, qu’il s’agisse de modèle grand public ou de produits plus techniques. A quelques jours de l’Euro, ces chiffres constituent l’un des éléments les plus saillants de l’étude réalisée par le bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne, pour le compte de l’ONG Collectif éthique sur l’étiquette, et publiée mercredi 1er juin. Au total, les employés toucheraient moins de 65 centimes d’euro pour confectionner le maillot des équipes de foot du championnat d’Europe, un produit vendu en moyenne 85 euros en boutique.

Course à l’innovation

Selon cette étude, le moteur de croissance de Nike, Adidas et Puma réside d’abord dans le sponsoring. Les contrats annuels signés avec les dix plus grands clubs de football explosent : ils sont passés de 262 millions d’euros en 2013 à plus de 405 millions en 2015. Il en va de même pour les contrats conclus avec les joueurs, qui atteignent aujourd’hui de 35 à 40 millions d’euros pour Lionel Messi ou Paul Pogba, contre 20 à 25 millions d’euros cinq ans auparavant.

Selon le magazine allemand Bild, Adidas serait ainsi prêt à quadrupler le montant annuel de son contrat de sponsoring avec l’équipe d’Allemagne, ce qui le porterait à 1 milliard d’euros, pour éviter que Nike ne le lui souffle… Derrière cette fuite en avant se joue la suprématie sur le football, et son corollaire, le marché textile sportif mondial.

De même, les géants du secteur sont engagés dans une course à l’innovation, présentée comme « un besoin vital » pour continuer d’augmenter les ventes. Les chaînes d’approvisionnement, à l’instar de celles de l’industrieautomobile, se sont complexifiées, afin d’intégrer toujours davantage d’innovations technologiques dans chaque produit. Cela dicte les choix d’approvisionnement de ces groupes.

Résultat, Nike, Adidas et Puma cherchent à baisser leurs coûts de fabrication et réorientent de façon massive leurs approvisionnements : ils délaissent la Chine, où les salaires ont fortement augmenté, au profit du Vietnam et de l’Indonésie, et envisagent de s’implanter au Myanmar, en Inde et au Pakistan. Pour raboter encore un peu plus les coûts de main-d’œuvre.

  •  Nicole Vulser

    Journaliste au Monde
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Si à 50 ans tu n’as pas ton crédit…

Pour emprunter, les seniors doivent faire face à de nombreux obstacles.

Faire des travaux dans son logement, aider ses enfants à acheter leur appartement… passer la cinquantaine, il n’est plus rare que les particuliers aient besoin d’emprunter. Chez le courtier en crédits Empruntis, les 50 ans et plus représentaient près de 15 % des demandes de financement en 2015, mais les plus de 60 ans, moins de 2 %.

Dans une question écrite au gouvernement, le 26 avril, le député Hervé Féron (groupe socialiste, républicain et citoyen) demandait au gouvernement les mesures que ce dernier entendait prendre afin de faciliter l’accès au crédit bancaire des personnes de plus de 60 ans. Pour argumenter sa question, le député soulignait « l’espérance de vie et la qualité de vie des seniors [qui] augmentent depuis plusieurs années, rendant légitimes les demandes d’un nombre croissant de personnes de plus de 60 ans d’accéder au crédit bancaire ».

Lire aussi : Consommation, immobilier : les seniors en panne de crédit

« Les banques prêtent aujourd’hui plus facilement aux seniors, qui s’endettent pour acheter une résidence secondaire ou pour réaliser un investissement locatif », relève Maël Bernier, directrice de la communication du site Meilleurtaux.com. Elles seraient même moins frileuses face à un senior propriétaire que face à un jeune emprunteur dont les revenus sont irréguliers ou qui est en contrat à durée déterminé (CDD).

Nombreux obstacles

« A chaque âge ses avantages. Le patrimoine constitue généralement la force des seniors », explique Cécile Roquelaure, directrice de la communication et des études chez Empruntis. Rappelons qu’à partir de 60 ans, près de trois ménages sur quatre sont propriétaires d’au moins un bien immobilier, selon une étude du Crédit foncier datant de 2014.

Pour emprunter, les seniors doivent malgré tout faire face à de nombreux obstacles. « L’accès au crédit se complique surtout à l’approche de la retraite, aux alentours de 56 ans ou de 58 ans. Les banques n’ont pas de barème spécifique qui freinerait les prêts à partir de cet âge, mais le passage à la retraite, synonyme de baisse de revenus, réduit forcément les capacités de remboursement », explique Mme Roquelaure.

Pour en tenir compte, les établissements bancaires peuvent mettre en place un prêt à paliers. « Il permet d’adapter le montant des mensualités aux capacités de remboursement de l’emprunteur lors de sa vie active, puis au moment de la retraite », précise Maël Bernier.

Le vrai enjeu porte surtout sur l’assurance emprunteur qui garantit le prêt immobilier, notamment en cas de décès. Pluson avance en âge, plus il est difficile et coûteux d’assurer son crédit. « Fort logiquement, l’âge est considéré comme un facteur aggravant pour les problèmes de santé et donc comme un risque accru pour l’assureur », précise Mme Bernier.

Par exemple, pour un prêt de 150 000 euros sur quinze ans, l’assurance s’élève, en moyenne, à 0,37 % du capital prêté pour un souscripteur âgé de 40 ans, mais à 0,55 % s’il est âgé 55 ans. Soit 4 000 euros de plus sur la durée totale du crédit.

Nouvelles formes de prêts

En outre, l’emprunteur n’échappe pas au questionnaire de santé complet et, éventuellement, à une batterie d’examens médicaux. Les problèmes, comme le diabète ou d’un excès de cholestérol, engendrent par exemple des surprimes.

Les seniors ont souvent recours à la délégation d’assurance, permettant de s’assurer auprès d’un autre établissement que celui du prêt. Certains (Metlife, Axa, Suravenir, Cardif, etc.) proposent des contrats qui autorisent une adhésion souvent plus tardive que les établissements bancaires classiques, jusqu’à 85 ans, avec une fin de prestation d’assurance décès jusqu’à 90 ans.

Pour faciliter l’accès du crédit à la consommation des plus de 60 ans dont les revenus sont modestes, d’autres formes de prêts ont été développées ces dernières années. C’est le cas notamment du prêt viager hypothécaire proposé par le Crédit foncier. Son fonctionnement ? La banque prête une somme d’argent et prend en garantie une hypothèque sur un logement appartenant au senior.

L’emprunteur n’a pas de mensualités à payer, ni de prêt à assurer, le capital et les intérêts n’étant remboursés qu’à la fin de l’opération (souvent au décès de l’emprunteur). « Il permet d’obtenir un capital ou une rente sans charge de remboursement mensuelle en apportant en garantie un bien dont l’emprunteur conserve la pleine propriété et la faculté de l’occuper, explique Nicolas Pécourt, directeur de la communication du Crédit foncier. Ces prêts, dont le montant moyen est de 90 000 euros, sont utilisés pour la rénovation du logement, pour percevoir un revenu complémentaire ou pour aider ses enfants et petits-enfants. »

Avec environ 700 contrats souscrits par an depuis son lancement, en 2007, cette formule peu connue peine à convaincre. Son taux d’intérêt élevé (supérieur à 6 %) n’y est sûrement pas pour rien.

Lire aussi : Le chemin de croix des ménages surendettés

60 000 postes dans l’éducation : le gouvernement encore loin du compte

« Nous irons jusqu’au bout de ces recrutements, il y en aura bien 60 000 [enseignants] de plus à la fin 2017. » Régulièrement accusé d’avoir fixé un objectif intenable de créations de postes, François Hollande avait réaffirmé une nouvelle fois son engagement de campagne à la rentrée 2015. L’analyse de la Cour des comptes sur le budget de l’Etat l’an dernier, publiée le 25 mai, confirme pourtant que la tâche s’annonce compliquée.

Du retard accumulé depuis 2012

Les emplois promis dans l’éducation sont répartis sur trois secteurs :

  • L’enseignement scolaire (54 000) ;
  • L’enseignement supérieur (5 000) ;
  • L’enseignement agricole (1 000).

Le gouvernement a fixé dès 2012 un calendrier précis des créations de postes dans l’enseignement scolaire : 4 326 emplois supplémentaires créés en urgence à la rentrée 2012, puis entre 8 800 et 11 700 postes par an de 2013 à 2017. Année après année, les budgets ont bien prévu les crédits correspondants à ces recrutements. Sauf que les candidats n’ont pas toujours été au rendez-vous.

En 2013, 43 % des postes n’ont pas été pourvus. Les deux exercices suivants ont été meilleurs, mais n’ont pas permis de combler ce retard, même en partie :

Moins de postes que prévus pour l’éducation nationale
Source : Cour des comptes / Analyse du budget de l’enseignement scolaire 2015

Résultat : alors que le gouvernement prévoyait de créer 22 373 postes supplémentaires sur les deux années restantes, il faudra encore en créer 26 447 pour atteindre l’objectif.

Sauf surprise, il n’y aura pas de rattrapage en 2016 : aucune mesure nouvelle relative au recrutement n’a été annoncée et le nombre de postes à pourvoir est fixé depuis des mois.

L’objectif présidentiel sera donc difficile à tenir, sauf à avoir une session de recrutement en 2017 largement meilleure que les années précédentes.

Du retard sur les 54 000 postes promis à l’éducation nationale
Postes qui restent à créer en 2016 et 2017
Source : Cour des comptes / Analyse du budget de l’enseignement scolaire 2015

La Cour des comptes déplore par ailleurs les informations « très lacunaires » fournies par le gouvernement sur ces recrutements. Elle recommande, comme pour 2015, que ce point « fasse l’objet d’une présentation détaillée dans les documents budgétaires ».

Dans le supérieur, l’argent ne sert pas toujours à embaucher

La situation est plus opaque dans l’enseignement supérieur. Les moyens nécessaires au recrutement ont bien été alloués aux universités, mais ils n’ont pas forcément été utilisés par ces dernières pour embaucher.

Lors de ses contrôles, la Cour des comptes dit avoir constaté que les opérateurs « se montraient prudents quant aux recrutements de nouveaux agents titulaires ». « Ils peuvent utiliser les crédits associés aux créations d’emplois pour recruter des agents contractuels, prendre en charge le CAS Pensions ou le GVT solde », c’est-à-dire les retraites et la hausse des salaires due à la hausse moyenne de l’ancienneté des fonctionnaires », ajoutait-elle.

La Cour ne donne pas de chiffres globaux des recrutements dans l’enseignement supérieur.

Les créations de postes dans l’enseignement agricole, en revanche, suivent le rythme prévu par le ministère, avec un peu plus de 600 postes créés sur 1 000 prévus entre 2012 et 2015.

Lire aussi : Pourquoi les coupes dans le budget de la recherche, annulées en partie, ne passaient pas

Quels moyens supplémentaires en classe ?

Au-delà de ces calculs, ces créations de poste ont plusieurs limites qui relativisent leur influence sur le terrain. D’abord, la hausse du nombre d’élèves des premier et second degrés, qui dilue l’effet des recrutements : les effectifs ont grimpé de 12,14 millions en 2012 à 12,35 en 2015 (+ 1,7 %) et augmenteront sans doute plus encore en 2017.

Le nombre d’élèves en hausse en France
France métropolitaine et DOM, secteur public et secteur privé
Sources : DEPP, DEPP

Par ailleurs, la moitié des créations de postes prévues dans l’enseignement scolaire concernent la réforme de la formation, avec 1 000 équivalents temps plein (ETP) créés pour la formation et 26 000 enseignants-stagiaires. Les premiers enseignent à des élèves qui ont quitté le lycée depuis des années et les seconds ne passent que la moitié de leur temps à donner cours, le reste étant dédié à l’apprentissage du métier.

Ces 27 000 recrutements ne représentent donc que l’équivalent de 13 000 temps plein de professeurs devant élèves. C’est justement sur la formation que le gros des recrutements s’est fait depuis 2012. Or, elle se destine aux enseignants eux-mêmes, alors que les difficultés se concentrent surtout sur l’embauche des 22 000 titulaires dans les classes.

C’est ce qui a conduit Jean-Luc Mélenchon à dénoncerun « enfumage » en août 2015. Ce à quoi Najat Vallaud-Belkacem, avait rétorqué qu’il s’agissait bien de « postes créés ». La ministre de l’éducation nationale a raison sur le strict plan des moyens, mais le candidat du Front de gauche n’a pas complètement tort non plus d’en relativiser les bénéfices.

Le nombre moyen d’élèves par classe dans l’enseignement publica en effet légèrement augmenté de 2011 à 2015 malgré les recrutements (sauf dans les écoles maternelles, où il a baissé de 0,1).

Le nombre d’élèves par classe a augmenté depuis 2011
(Enseignement public uniquement)
Sources : Depp, Ministère de l’éducation nationale

Pour l’heure, les créations de postes dans l’éducation ont effectivement accompagné des réformes du gouvernement : la « restauration » de la formation, la nouvelle politique de l’éducation prioritaire ou la scolarisation des moins de deux ans. Mais elles ont pris du retard et n’ont joué qu’à la marge sur le gros des classes.

« Opération Tulipe » : les coulisses de la très secrète perquisition chez Google

Le siège de Google en France.

Un nom de code, « opération Tulipe », et un dossier traité « hors connexion » pour assurer une « confidentialité parfaite ». Eliane Houlette, cheffe du parquet national financier (PNF), a détaillé, dimanche 29 mai, les coulisses de l’enquête pour fraude fiscale visant GoogleFrance.

Le 24 mai 2016, des magistrats du PNF assistés de policiers de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (Oclciff) et d’experts en informatique ont mené des perquisitions au siège de Google France.

Au total, près d’une centaine de personnes ont pu collecter une masse « considérable » de données informatiques — « plusieurs téraoctets » — a estimé le procureur national financier lors de l’émission « Le Grand Rendez-vous » Europe 1 –Le Monde – i-Télé.

Lire aussi : Une vaste perquisition menée dans les locaux de Google à Paris

Leur exploitation va prendre« plusieurs mois, j’espère que ce ne sera pas plusieurs années », a ajouté Eliane Houlette, en regrettant que les enquêteurs n’aient pas les « logiciels extrêmement performants » qui leur permettraient d’aller « beaucoup plus vite ».

Nom de code et traitement de texte

Ces perquisitions ont été menées dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte le 16 juin 2015 à la suite d’une plainte de l’administration fiscale. L’enquête « vise à vérifier si la société Google Ireland Ltd dispose d’un établissement stable en France ». Lorsqu’une filiale d’une société irlandaise est reconnue comme « établissement stable » en France, elle est imposée selon un régime proche de celui des entreprises françaises. Or, Google, comme la quasi-totalité des géants américains dont le siège est situé en Irlande, tire parti depuis des années d’une disposition spécifique de la convention fiscale entre l’Irlande et la France.

« C’était la grande opération du PNF… », Google étant « quand même la plus grande entreprise en termes de capitalisation au monde ». « Un peu le combat de David contre Goliath… », a résumé Eliane Houlette. La plainte a été « traitée en totale confidentialité, compte tenu de l’activité de cette société », a-t-elle précisé. « Pour assurer cette confidentialité parfaite, nous avons décidé de donner un autre nom, “Tulipe”, de ne jamais prononcer le nom de Google », a-t-elle poursuivi.

Par ailleurs, avec l’administration fiscale et les enquêteurs, « nous avons travaillé ce dossier uniquement hors réseau, hors connexion (…) pendant presque un an, avec un ordinateur mais uniquement en traitement de texte ».

Un procès souhaité

Souhaitez-vous un procès ? « Oui, bien sûr… Dès lors que nous engageons des enquêtes nous souhaitons qu’elles arrivent à leur terme et que les personnes bénéficient d’un procès » pour « faire valoir leurs arguments et nous les nôtres », a-t-elle déclaré.

« Nous respectons la législation française et coopérons pleinement avec les autorités pour répondre à leurs questions », avait assuré après les récentes perquisitions une porte-parole de Google en France.

Lire aussi : L’opération séduction du patron de Google en France troublée par ses démêlés fiscaux

Vos fautes d’orthographe divisent par trois vos chances d’être recruté

Dans une agence Pôle Emploi de Pontault-Combault, en septembre 2012.

« Je constatais que mes étudiants faisaient de plus en plus de fautes dans leurs écrits, tout en n’ayant aucune conscience de l’impact que cela pouvait produire sur leurs recruteurs ! » C’est cette observation qui a conduit Christelle Martin-Lacroux, enseignante-chercheuse à l’institut universitaire de technologie (IUT) de Toulon-Var, à consacrer sa thèse à l’impact de l’orthographe sur la présélection des recruteurs.

CV et réseaux sociaux à l’épreuve

Et les résultats de ses recherches sont des plus probants : à expérience égale, un curriculum vitæ présentant des fautes a trois fois plus de chances d’être écarté qu’un CV à l’orthographe impeccable. Tout aussi frappant, les candidats sont encore plus sévères que les recruteurs concernant la bonne maîtrise de la langue française. « C’est ce que j’ai appelé le paradoxe de l’orthographe, explique Christelle Martin-Lacroux. Même s’ils n’ont pas toujours les compétences pour écrire correctement, les candidats ont intégré l’importance de l’orthographe dans le cadre professionnel. » Et le panel questionné par la chercheuse estime que la non-maîtrise de l’orthographe est un signe de laxisme, de défaut de politesse vis-à-vis du recruteur, voire même de manque d’intelligence.

Quant aux recruteurs, « ils sont à la recherche d’indices de fond comme de forme pour déterminer l’employabilité des candidats, analyse cette spécialiste d’économie et de gestion commerciale.La présence de fautes d’orthographes peut les décourager de rencontrer le candidat ».

Et il n’y a pas que le CV ou la lettre de motivation qui sont passés au crible. Selon une enquête menée par RégionsJob en 2013, sur les 60 % de recruteurs qui étudient les profils des candidats sur les réseaux sociaux, 71 %repartent avec una priori négatif face à des fautes. Un point de crispation très franco-français, puisque Christelle Martin-Lacroux a constaté que les Anglo-Saxons sont beaucoup moins exigeants concernant les compétences langagières.

L’orthographe à la peine

La maîtrise de l’orthographe est un débat récurrent ces dernières années auprès des pédagogues comme des politiques. Plusieurs études ont en effet démontré une baisse générale du niveau des Français. Selon une enquête menée par le projet Voltaire, qui publie son deuxième baromètre sur les liens des Français à l’orthographe, les sondés maîtrisaient 43,25 % en 2016 des règles de l’orthographe contre 51 % en 2010.

Une baisse dont la cause ne fait pas l’unanimité, mais qui semble déterminée par plusieurs facteurs, comme la difficulté du français ou l’évolution des méthodes d’apprentissage. Christelle Martin-Lacroux note également un certain assouplissement des critères de notation des enseignants : « En 2015, l’académie d’Aix-Marseille avait ainsi donné comme consigne aux examinateurs du baccalauréat général de n’enlever que 2 points s’ils corrigeaient des copies présentant au moins dix fautes graves par pages. »

Selon le projet Voltaire, qui propose notamment des accompagnements orthographiques à plus de 1 000 établissements primaires, secondaires et supérieurs, les règles les plus complexes à assimiler sont les règles grammaticales. Et la règle la moins maîtrisée pourrait bien servir aux futurs candidats. Ainsi, vous écrirez « à l’attention de » au moment d’adresser votre candidature à un recruteur, en rédigeant votre lettre de motivation, mais vous rédigerez CV et lettre de motivation avec l’« intention » d’attirer son regard !

Les actionnaires d’Exxon et Chevron résistent aux pressions du changement climatique

En marge de l’assemblée générale des actionnaires d’Exxon, à Dallas, le 25 mai.

Malgré une pression grandissante, les assemblées générales des actionnaires d’Exxon Mobil et de Chevron ont réussi, mercredi 25 mai, à repousser une série de résolutions qui appelaient les deux groupes pétroliers à mieux tenir compte du réchauffement climatique. Plusieurs groupes d’investisseurs, soutenus par les associations en faveur de l’environnement, réclamaient notamment qu’Exxon et Chevron évaluent de façon précise les conséquences que peuvent avoir les politiques publiques en faveur de l’environnement sur l’activité des deux entreprises. Même si ces motions ont obtenu de bien meilleurs scores que les années précédentes, elles sont restées minoritaires.

À l’origine de cette fronde, le sentiment notamment que les pétroliers n’anticipent pas suffisamment l’impact de la mise en œuvre de l’accord de la COP21 signé à Paris en décembre 2015. Certains actionnaires pointent ainsi l’écart entre par exemple les projections d’Exxon sur la demande mondiale de pétrole et celles de l’Agence Internationale de l’énergie (AIE). Tandis que le premier table sur une poursuite de la croissance de la consommation à 109 millions de barils par jour d’ici 2040, la seconde anticipe au contraire une chute de 22 % à 74 millions de barils.

« Dans le contexte du changement climatique mondial, nous croyons que le capital des actionnaires est menacé par des investissements dans des projets qui peuvent mener à des impasses sur le plan économique », fait valoir Arjuna Capital, un fonds du Massachusetts. « C’est impossible pour Exxon de faire du business pour les 100 prochaines années comme ils l’ont fait pour les 100 précédentes », s’est inquiété, peu avant l’AG, Scott Stringer, le contrôleur financier de New York, qui représente le fonds de pension des retraités de la ville, « les investisseurs ne peuvent pas supporter qu’Exxon devienne le prochain Kodak [le géant de la photo qui a disparu faute de n’avoir pas su négocier le passage au numérique] », a-t-il expliqué au New York Times.

« Manque de leadership moral »

Le conseil d’administration d’Exxon, qui avait appelé à voter contre la résolution, considère que les « stress test » qu’il mène d’ores et déjà sur ses opportunités d’investissement sont suffisants pour anticiper les changements à la fois sur les plans technologique et réglementaire. Le PDG, Rex Tillerson, a ainsi rappelé que sa stratégie consiste à trouver un équilibre entre le fait de produire plus d’énergie pour accompagner l’augmentation de la demande et les préoccupations environnementales. « Nous devons parvenir à des percées technologiques »,a convenu M.Tillerson, mais, en attendant, « dire simplement que nous allons fermer les robinets n’est pas acceptable pour l’humanité », a-t-il conclu sous les applaudissements des actionnaires.

La motion, qui était pourtant soutenue par plusieurs gros investisseurs comme le fonds de pension de Californie (Calpers), le fonds souverain de Norvège, celui de l’Église d’Angleterre, BNP Paribas ou encore AXA, n’a recueilli qu’un peu plus de 38 % des voix. Chez Chevron, les actionnaires ont voté à 41 % pour.

La résolution qui demandait à Exxon de s’aligner sur l’objectif de la COP21, à savoirlimiter le réchauffement climatique à 2 degrés au-dessus des niveaux de l’ère préindustrielle, a été également repoussée. « En s’opposant à cette résolution, notre entreprise a choisi de ne pas tenir compte ni du consensus qui existe au sein de la communauté scientifique, ni de la volonté des 195 nations qui ont signé l’accord de Paris », a déploré Patricia Daley, une sœur dominicaine du New Jersey à l’origine de la résolution, reprochant à Exxon son « manque de leadership moral ».

Contraste avec les Européens

Sans surprise, la motion réclamant l’arrêt de la fracturation hydraulique pour l’extraction du pétrole et du gaz de schiste n’a pas, non plus, réussi à mobiliser une majorité d’actionnaires. Cette opposition générale et résolue d’Exxon et de Chevron tranche avec la situation chez leurs homologues européens comme BP, Royal Dutch Shell ou Statoil, qui ont commencé à adopter des mesures tenant compte du changement climatique.

D’ailleurs, le scepticisme par rapport à une exploration pétrolière tous azimuts commence à gagner certains analystes financiers. « Les compagnies pétrolières doivent de plus en plus prendre en compte un certain nombre de scénarios qui ne réclament pas une augmentation systématique de l’exploration », estime Martijn Rats de Morgan Stanley. « Même si le prix du pétrole remonte, le rebond des dépenses d’exploration peut rester relativement modeste. Les modèles économiques uniquement basés sur l’exploration peuvent rencontrer des difficultés dans les années qui viennent », prévient-il.

Seule avancée chez Exxon, l’adoption d’une résolution permettant aux actionnaires minoritaires de nommer un administrateur indépendant, ce qui pourrait ouvrir la voie à l’accession d’un défenseur de l’environnement au sein de cette instance. « Si cette compagnie veut affronter correctement les risques fondamentaux de long terme tels que le changement climatique, son conseil d’administration doit être divers, indépendant et responsable », a rappelé M.Stringer. Une mesure similaire avait été adoptée il y a un an chez Chevron.

Procédure juridique en cours

En attendant, la pression des défenseurs de l’environnement sur Exxon n’est pas prête de faiblir. Le pétrolier doit en effet composer désormais avec un front judiciaire. Les ministres de la justice de plusieurs États, dont New York et la Californie, ont en effet lancé une enquête afin de vérifier si la compagnie pétrolière, par le lobbying qu’elle a pu exercer ces dernières années, n’a pas, d’une part, cherché à masquer les conclusions des scientifiques sur le changement climatique, et, d’autre part, manqué à ses obligations en n’alertant pas ses actionnaires sur les risques pesant sur les activités de l’entreprise et sa capacité à continuer d’utiliser des énergies fossiles.

Cette procédure fait suite à deux enquêtes, l’une du site InsideClimate, l’autre du Los Angeles Times, qui affirment que des chercheurs d’ExxonMobil, à la fin des années 1970 et 1980, avaient averti les dirigeants de l’entreprise de la menace que faisait peser le changement climatique sur les activités de la compagnie. Mais celle-ci avait ensuite coupé les budgets de recherche dans ce sens pour au contraire fonder sa communication sur les doutes qui entourent la responsabilité humaine dans l’accélération du phénomène.

BNP Paribas pourrait quitter les îles Caïmans

BNP Paribas pourrait se retirer totalement des îles Caïmans britanniques en y fermant ses dernières branches encore actives, ainsi que l’y exhortent depuis deux ans les ONG et l’association altermondialiste Attac, au nom de la lutte contre l’évasion et la fraude fiscales internationales.

Est-ce l’effet des « Panama papers » et du nouveau coup de projecteur porté sur les paradis fiscaux ? Selon des informations obtenues par Attac, la banque française a l’intention de fermer très prochainement les quatre entités qu’elle détient encore dans ce paradis fiscal des Caraïbes, dont deux succursales.

Cette annonce aurait été faite officiellement aux salariés du groupe le 3 mai, lors d’une réunion de la commission financière du comité central d’entreprise, affirme l’association, sur la base d’un procès-verbal de cette réunion. Interrogée, BNP Paribas n’a toutefois pas encore commenté l’information, mardi 24 mai en début de matinée.

Succursale au Panama en cours de liquidation

Si elle était confirmée, cette décision serait l’aboutissement logique d’un processus mûri depuis quelques années. Deux succursales de BNP Paribas, également établies aux Caïmans (BNP Paribas Fortis et First Hawaiian Bank), ont ainsi déjà été liquidées cette année, réduisant le nombre d’implantations de la banque sur ce territoire de six à quatre désormais.

Lors de cette même réunion du comité d’entreprise du 3 mai, BNP Paribas a précisé que sa succursale au Panama restait en cours de liquidation. Lancée en juillet 2010, cette opération n’a, en effet, toujours pas obtenu l’aval du régulateur local.

Ainsi, pour BNP Paribas, le choix de fermer les Caïmans s’inscrirait dans la volonté de se désengager des Etats et territoires jugés non coopératifs, ou insuffisamment, en matière de lutte contre la fraude fiscale. L’enjeu est moins financier que lié à la réputation et à l’image du groupe. La banque affirme y avoir été présente pour des raisons « opérationnelles » et non fiscales.

Selon les chiffres publiés par la banque dans son document de référence pour 2015, les îles Caïmans ont représenté cette année-là seulement 134 millions d’euros de bénéfices, soit un montant faible à l’échelle du groupe. La banque n’y emploie aucun salarié, l’activité aux Caïmans étant en réalité pilotée et gérée depuis les Etats-Unis.

Lire aussi : « Panama papers » : comment Crédit agricole et BNP poursuivent leurs activités offshore

« Une victoire importante »

Pour sa part, Attac voit dans ce retrait le résultat de « plusieurs mois de mobilisation de l’association et de ses partenaires » contre l’opacité des paradis fiscaux. Des opérations très médiatisées de « faucheurs de chaises » dans les agences de la banque ont notamment été conduites tout au long de l’année, pour sensibiliser l’opinion publique au sujet.

Pour Dominique Plihon, porte-parole d’Attac, « le retrait des îles Caïmans (…) est une victoire importante car ce paradis fiscal est le numéro un mondial en matière de dépôts par des non-résidents, soit 1 310 milliards de dollars déposés dans les institutions financières locales selon les données de la Banque des règlements internationaux ».

De son côté, l’économiste Thomas Coutrot appelle à « poursuivre et amplifier les actions visant les agences des principales banques impliquées dans les paradis fiscaux ». Il estime que ces établissements « doivent non seulement y fermer leurs filiales mais également y stopper toute activité, directe ou indirecte ».

« Les banques françaises réalisent plus du tiers de leurs bénéfices à l’international dans les paradis fiscaux. C’est inacceptable. Il est temps que l’Etat prenne ses responsabilités », ajoute M. Coutrot.

Lire aussi : Le Panama s’ouvre à l’échange d’informations financières

Valérie Pécresse annonce la disparition du ticket de métro « à l’horizon 2021 »

Le Monde | 22.05.2016 à 04h15 • Mis à jour le22.05.2016 à 04h56

La présidente Les Républicains de l’Ile-de-France Valérie Pécresse a annoncé dans l’édition du 22 mai Journal du Dimanche la disparition du ticket de métro dans les transports parisiens « à l’horizon 2021 ». D’ici à cette date, « tous les valideurs franciliens accepteront la carte bancaire sans contact ». Un « porte-monnaie transport » sera également développé.

« Les voyageurs occasionnels pourront charger une somme d’argent sur un passe Navigo anonyme et seront débités du montant du trajet à chaque validation de leur passe, comme avec un billet magnétique », détaille Mme Pécresse. Le passe Navigo, titre de transport des abonnés aux transports franciliens, va devenir« dématérialisé » et sera rebaptisé « smart Navigo ».

« Entre 2018 et 2020, nous lancerons la première mise en œuvre du passe sur smartphone », ce qui permettra de télécharger le forfait de transport directement sur le téléphone, précise la présidente de région, qui est à la tête également du Syndicat des transports d’Ile-de-France.

Elle envisage également la mise en place d’un paiement différé ou « post-paiement » : « L’idée est de facturer aux usagers la tarification la plus avantageuse pour eux, en fonction de leur consommation de transports dans le mois. Par exemple, un carnet de dix tickets plutôt qu’un Navigo par semaine. »

Appel de 40 personnalités pour légiférer sur le salaire des patrons

Le Monde | 19.05.2016 à 01h12 • Mis à jour le19.05.2016 à 03h14

Quarante personnalités, dont des responsables politiques et syndicaux ou des intellectuels, lancent, dans le quotidien Libération du jeudi 19 mai, un appel pour demander au gouvernement de légiférer afin de limiter les salaires des patrons. Les signataires de ce texte proposent qu’un dirigeant « ne puisse pas être rémunéré plus de 100 smic [salaire minimum interprofessionnel de croissance], soit 1,75 million d’euros par an ».

Cette initiative intervient après les polémiques sur les salaires de patrons comme ceux de Renault et PSA, Carlos Ghosn et Carlos Tavares, et la menace brandie mardi par le président François Hollande de passer par la loi. L’appel est assorti d’une pétition en ligne.

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« Un motif de fierté nationale »

Les signataires y estiment que l’on vit « une période inédite dans l’histoire du capitalisme contemporain » où l’écart entre les rémunérations a « explosé ». « Le gouvernement a fait en 2013 le pari de l’autorégulation et celui-ci a échoué », insiste le texte. « En 2015, la rémunération totale des patrons du CAC 40 a augmenté entre 5 % et 11 % selon les évaluations. »

L’appel précise par ailleurs que le principal argument justifiant ces salaires parfois mirobolants « celui d’un marché mondial des très hauts dirigeants qui nécessiterait un alignement des salaires par le haut » – n’est corroboré par aucune étude économique sérieuse. « En se comportant de la sorte, notre élite économique entretient un sentiment de chacun pour soi délétère. »

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Anticipant la possibilité d’une censure du Conseil constitutionnel en cas de loi, les signataires avancent que « le gouvernement peut trouver les moyens » d’éviter cet écueil et mettent l’accent sur le fait que la France sera pionnière en la matière : « un motif de fierté nationale. » Quant aux craintes éventuelles des investisseurs étrangers, ils rétorquent qu’ils « profiteront d’un vivier de dirigeants bon marché ».

Comment Robin Wright a obtenu d’être payée autant que Kevin Spacey pour « House of Cards »

Robin Wright lors du 20e Festival annuel de Nantucket (Massachusetts), le 28 juin 2015.

Claire Underwood, l’héroïne de « House of Cards », sait ce qu’elle veut. Au fil de la série américaine produite par Netflix, le personnage n’a de cesse de devenir l’égal de son époux, le président des Etats-Unis. Un rôle de composition dont s’est finalement inspirée – du moins sur le plan salarial – Robin Wright, l’actrice qui l’incarne à l’écran.

Constatant qu’elle gagnait moins que Kevin Spacey, alias Frank Underwood (son mari), elle a demandé à la production un alignement de son cachet avec lui et l’a obtenu, a-t-elle expliqué, mercredi 18 mai, lors d’une conférence à la Fondation Rockefeller à New York.

« C’était l’exemple parfait. Il y a très peu de films ou de séries télévisées où l’homme et la femme sont égaux. Et c’est le cas dans “House of Cards” », a-t-elle expliqué à Judith Rodin, la présidente de la fondation, lors d’un débat sur la question de la parité salariale, rapporté par le Huffington Post.« Je regardais les statistiques et Claire Underwood a longtemps été plus populaire que [Franck Underwood]. J’ai donc capitalisé là-dessus. J’ai dit : “Vous feriez mieux de me payer davantage ou je déballe tout ça publiquement.” Et ils l’ont fait », a-t-elle déclaré.

Selon le palmarès annuel établi par le site TV Guide, pour les deux premières saisons de la série, Kevin Spacey touchait 500 000 dollars (443 650 euros) par épisode. En 2014, avant que la troisième saison commence, au regard du succès et des récompenses accumulées par cette production, les commentateurs avaient spéculé sur un salaire qui pourrait atteindre, par la suite, 1 million de dollars, soit le cachet le plus élevé jamais touché par un acteur dans une série télévisée.

Les obstacles rencontrés dans sa carrière

Dans le même temps, selon le magazine Forbes, Mme Wright aurait touché 5,5 millions de dollars pour l’ensemble sa prestation dans la série, soit environ 420 000 dollars (372 666 euros) par épisode.

Mercredi, l’actrice en a profité pour rappeler les obstacles qu’elle a rencontrés au cours de sa carrière en tant que femme. Celle-ci avait été mise entre parenthèses après 1994 et Forrest Gump où elle jouait le rôle de Jenny, l’amie d’enfance du héros incarné par Tom Hanks. Elle avait alors préféré se consacrer à sa vie de famille. Après son mariage avec l’acteur Sean Penn, Robin Wright a en effet élevé ses deux enfants, avant de remonter peu à peu sur scène.

Mais, parce qu’elle ne travaillait pas à plein temps, elle affirme avoir eu beaucoup de difficulté à gagner autant que certaines actrices, comme Nicole Kidman ou Cate Blanchett, qui faisaient quatre films par an. « Si vous ne consolidez pas votre notoriété et votre présence, vous n’êtes plus dans le jeu, vous devenez un acteur de série B », affirme Mme Wright.

Aujourd’hui, à 50 ans, elle a retrouvé le haut de l’affiche et a même produit et réalisé certains épisodes de « House of Cards ». En s’inspirant de Claire Underwood, Robin Wright donne toute sa pertinence à la formule qui consiste à dire que, parfois, la réalité peut rejoindre la fiction.