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Standard & Poor’s abaisse la note de l’Union européenne après le vote sur le Brexit

Le Monde | 30.06.2016 à 22h13 • Mis à jour le30.06.2016 à 22h39

Après le Royaume-Uni, c’est l’Union européenne qui a vu sa note attribuée par l’agence Standard & Poor’s (S&P) dégradée, jeudi 30 juin, à la suite du vote des Britanniques pour leur sortie des Vingt-Huit.

Les notes délivrées par les agences de notation, sortes de certificats de solvabilité, dictent les conditions auxquelles les entreprises ou en l’occurrence les pays peuvent s’endetter sur les marchés financiers. Plus la note est basse, plus les taux d’intérêt exigés par les créanciers sont élevés.

En l’occurrence, S&P a rétrogradé d’un cran, de AA + à AA, la note de la dette long terme de l’Union européenne, justifiant sa décision par les incertitudes consécutives au référendum sur le Brexit. Dans un communiqué, elle explique :

« Après la décision des électeurs britanniques de quitter l’UE suite au référendum du 23 juin, nous avons réévalué notre analyse sur la cohésion au sein de l’UE, que nous considérons aujourd’hui comme un facteur neutre plutôt que positif dans la notation. »

Lire aussi : Au forum de la BCE, les grands argentiers s’inquiètent des effets du « Brexit »

« Incertitude accrue »

La perspective de la nouvelle note est stable, ce qui signifie que l’agence estime qu’une dégradation supplémentaire ne sera pas nécessaire à moyen terme. Dans son communiqué elle ajoute :

« Nous pensons que dorénavant les prévisions de revenus, la planification à long terme et les ajustements des principaux mécanismes d’amortissement financier de l’UE seront sujets à une incertitude accrue. »

Depuis l’annonce des résultats du référendum, les trois principales agences de notation ont revu à la baisse leur note ou leur perspective pour la dette du Royaume-Uni.

Lire aussi : Et si Edimbourg devenait la grande place financière européenne à la place de la City ?

Le « Brexit » de la nourriture, hautement symbolique et horriblement technique

This is just sad #Brexit https://t.co/3s6rI7gW5P

— lilianwagdy (@Lilian Wagdy ليليان)

Si vous avez traîné un peu sur Internet depuis que le Royaume-Uni a décidé de sortir de l’Union européenne (UE), vous êtes peut-être tombé sur cette photo. Elle résume l’éloignement acté entre Européens et Britanniques en une belle nature morte : les victuailles du continent d’un côté de la table, la marmite et les haricots de l’autre.

Cette belle et triste image rappelle que le « Brexit » aura, au-delà du symbole, des répercussions bien réelles sur tous les secteurs économiques, dont celui, un peu oubliée, des denrées alimentaires.

En attendant que l’article 50 du traité de Lisbonne ne soit actionné pour lancer la procédure formelle de sortie de l’UE, personne, y compris les tenants britanniques du « leave », ne sait ce qu’il va se passer. L’hypothèse d’une négociation « à la carte », dans laquelle les Britanniques pourraient garder les parties de la construction européenne qui les arrangent est définitivement écartée, ce qui n’augure pas une négociation apaisée dans les deux prochaines années.

Nos explications : Immigration, système de santé : les promesses intenables du camp en faveur du « Brexit »

« Les Britanniques ont voté pour augmenter le prix de leur nourriture »


En attendant, les premiers impacts se font sentir : la livre sterling s’est effondrée et l’une des conséquences a été un début des hausses des prix pour les denrées dans ce pays qui ne produit que 54 % des aliments qu’il consomme et en importe 27 % de l’UE (le chiffre atteint 40 % pour les fruits et les légumes).

Des associations professionnelles, comme l’Union nationale des agriculteurs ou la Food and drink federation (FDF), avaient prévenu, avant même le résultat, que les consommateurs britanniques devraient s’attendre à des aliments plus chers an cas de victoire du « leave ». Le président de la FDF avait même prévenu ses camarades lors d’une conférence : le pays va entrer dans une « période de chaos complet ».

Timothy Lang, professeur au Centre for Food Policy de la City university de Londres, tenait les mêmes arguments depuis un moment. Dès le mois de mars, il exposait les risques d’un Brexit pour l’industrie alimentaire et le public britannique et s’étonnait, lors de la campagne, « de l’étrange silence sur la question de la nourriture » et de « la dépendance du Royaume-Uni envers les producteurs et les fournisseurs européens ».

« Notre système alimentaire ne se résume pas à l’agriculture (…) c’est un système extrêmement complexe en lien avec des structures continentales et donc européennes. »

Une phrase de l’étude sonnait comme une mise en garde :

« Les Britanniques ne devraient pas se diriger comme des zombies vers quelque chose qui aurait potentiellement un effet énorme sur leurs vies quotidiennes. »

Après les résultats, le professeur Lang livrait la deuxième partie de sa sombre analyse :

« Les gens paieront leur nourriture plus cher. Les Britanniques ont voté pour augmenter le prix de leur nourriture. »

Nos explications : le « Brexit » peut-il ne pas se produire ?

« Une sorte de jour de la marmotte de la politique alimentaire »

Un autre nature morte pour symboliser le « Brexit ».

La hausse des prix est peut-être temporaire, le temps que le secteur reprenne ses marques. Mais la santé globale d’une industrie alimentaire dépendante de l’UE risque de se détériorer, surtout si le futur gouvernement britannique traîne des pieds pour commencer à négocier son départ.

Car tout ce qui a été signé entre les Britanniques et l’UE en matière de réglementation doit être revu. Pour tout ce qui touche de près ou de loin la nourriture, il s’agit, au-delà d’éventuels tarifs douaniers ou de quotas à trouver, de « plus de 43 ans de traités, de réformes, de structures partagées, d’accords commerciaux et d’engagements économiques » sur lesquels devront se pencher les négociateurs, rappelle M. Lang. Il faudra repartir de zéro.

Pour le professeur Lang, l’Europe peut être qualifiée de dysfonctionnelle, éloignée des réalités et bureaucratique, mais on ne peut pas nier que la production et la sécurité alimentaire de ses membres a été une de ses réussites. Que vont devenir l’étiquetage nutritionnel ou les mesures de sûreté, ces « compilations et accumulation de législations et de décisions judiciaires qui représentent les lois de l’Union européenne » ? Timothy Lang n’est pas très optimiste :

« Cela voudrait dire revisiter tout ce qui a été fait depuis 43 ans, une sorte de jour de la marmotte de la politique alimentaire. Les négociations devront refaçonner ou confirmer les bases légales de toutes les structures internes, externes et d’échange. »

Une île qui n’est pas « gastronomique »

La gastronomie britannique, circa 2016.

Le pas en arrière des Britanniques vis-à-vis de l’Europe peut être considéré comme une défaite par le gastronome et l’épicurien. L’île n’a jamais eu la réputation d’être un haut-lieu gastronomique, mais depuis son entrée dans le marché commun, en 1973, les goûts alimentaires des Britanniques ont été incontestablement enrichis par ses voisins.

Dans le New Yorker,la journaliste Bee Wilson, spécialiste en la matière, se souvient de sa jeunesse et du chemin parcouru, de la façon dont « la nourriture sur les tables britanniques a changé au-delà de tout ce que l’on pouvait imaginer ». Impensable au début du XXe siècle, « nous avons développé un penchant pour le vin et les fromages français ».

« On ne peut pas dire que l’UE est la seule raison qui fait que les Britanniques savent aujourd’hui faire la différence entre le pesto et la salsa verde. Une révolution alimentaire similaire aurait probablement eu lieu de toute façon, comme cela a été le cas aux Etats-Unis et en Australie dans la même période.

Mais contempler le Brexit permet de comprendre à quel point la Grande-Bretagne n’est pas une île gastronomique. Nous mangeons de la nourriture cuisinée par des chefs français et italiens avec des ingrédients européens. »

Remonter aux origines de l’idée d’un référendum pour sortir de l’Europe et vous verrez que la nourriture y était déjà présente, même indirectement. L’anecdote, rapportée par le Financial Times et le Daily Mail, veut que David Cameron, son chef de cabinet, Ed Llewellyn, et l’ex-ministre des affaires étrangères William Hague se soient mis d’accord pour organiser la consultation lors d’un dîner rapide dans un fast-food de l’aéroport de Chicago en 2012.

Plus précisément, Slate pense que « le Brexit aurait selon toute vraisemblance vu le jour dans une pizzeria Uno ». Si vous avez déjà mangé dans un aéroport américain, vous saurez que la pizza en question était sûrement fade et à moitié froide. Et que ce n’était pas la nourriture qui a le mieux porté conseil au futur ex-premier ministre britannique.

Farage se vante au Parlement européen, et s’attire les foudres de Juncker

Le député europhobe britannique Nigel Farage (au premier plan) en compagnie du président de la Comission européenne , Jean-Claude Juncker, pendant la session extraordinaire du Parlement européen à Bruxelles, mardi 28 juin 2016.

Le député europhobe britannique Nigel Farage, une des figures majeures du vote en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE), a savouré mardi 28 juin la victoire du « Brexit » devant ses collègues du Parlement européen, réunis en session extraordinaire à Bruxelles pour le vote d’une résolution après le référendum britannique. Provoquant de copieuses huées.

« N’est-ce pas drôle, quand je suis venu ici [à Bruxelles] il y a dix-sept ans en disant vouloirmener une campagne pour fairesortir le Royaume-Uni de l’UE, vous avez tous ri de moi. Vous ne riez plus maintenant, n’est-ce pas ? », a lancé le président du United Kingdom Independence Party (UKIP– « Parti de l’indépendance du Royaume-Uni ») devant des eurodéputés, accueilli à la fois par des huées et quelques applaudissements.

M. Farage a ensuite pris à parti l’hémicycle, accusant ses collègues d’être « dans le déni ». « Je fais une prédiction : le Royaume-Uni ne sera pas le dernier Etat membre à quitter l’UE », a-t-il assuré.

Cependant, comme le réclament les dirigeants européens, celui dont les diatribes anti-immigration ont été l’un des moteurs de la campagne en faveur du « Brexit » a estimé que la décision de notifier le départ du Royaume-Uni, et ainsi d’activer la clause de retrait du traité de Lisbonne de 2009, devait être rapidement prise.

Il ne faut pas imiter les membres du UKIP

Il a ensuite exhorté ses collègues à avoir une attitude « adulte et sensée » dans les négociations à venir, avant de les accuser de n’avoir « jamais eu un vrai emploi, jamais travaillé dans les affaires ou le commerce, ni jamais créé le moindre emploi dans leur vie ». Cette sortie lui a valu d’être bruyamment vilipendé par l’hémicycle, et rappelé à l’ordre par le président du Parlement, Martin Schulz. Ce dernier a aussi demandé aux eurodéputés de ne pas agir« comme le font en général les membres du UKIP dans cette chambre ». « Ne les imitez pas », a-t-il intimé.

M. Farage, très en verve, a également exhorté les eurodéputés à négocier un accord commercial avec Londres de façon responsable, leur affirmant qu’ils avaient bien plus à perdre que les Britanniques. Selon lui, « même l’absence d’un accord serait toujours préférable pour le Royaume-Uni à l’accord actuel, pourri ».

« Vous n’allez pas revenir »

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, lance aux députés de l’UKIP : « c’est la dernière fois que vous applaudissez ici », lors de la session extraordinaire du Parlement européen, le 28 juin 2016.

« J’ai aimé, M. Farage, débattre avec vous, nous avons le même sens de l’humour, vous en avez, j’en ai. Je regrette beaucoup que ce soit la dernière fois que nous puissions débattre, car vous n’allez pas revenir », lui a répondu, agacé, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

Le Luxembourgeois a prié, quant à lui, les responsables politiques britanniques de préciser au plus vite leurs intentions après la victoire des partisans du « Brexit » au référendum de jeudi, s’attirant des applaudissements appuyés des rangs du parti europhobe britannique UKIP, auxquels il n’est pas habitué. A tel point qu’il s’est finalement retourné vers eux, passablement énervé, et a lancé, en anglais, « c’est la dernière fois que vous applaudissez ici », provoquant des rires, puis une salve d’applaudissements nourris dans la chambre.

« Dans une certaine mesure, je suis vraiment surpris de vous voir ici », a exprimé M. Juncker. « C’est un plaisir », a rétorqué avec ironie M. Farage. « Vous vous battez en faveur de la sortie. Le peuple britannique a voté en faveur de la sortie. Que faites-vous là ? », a poursuivi le président de la Commission, toujours en anglais, et sortant du cadre de son discours.

Lire aussi : Le chef du UKIP admet que l’un des arguments phares des pro-« Brexit » était faux

« Brexit » : faut-il douter des 3 millions de soutiens à la pétition pour un nouveau vote ?

Les partisans du « Brexit » (sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne) ont remporté la victoire lors du scrutin du 23 juin, mais certains ne digèrent toujours pas ce résultat. Une pétition qui réclame un nouveau référendum a rencontré un large écho sur les réseaux sociaux et dans les médias ces derniers jours. Plus de 3,7 millions de signatures étaient annoncées lundi 27 juin sur la page dédiée au texte. Mais peut-on se fier à ce chiffre, devenu un des symboles de l’amertume d’une grande partie du pays ?

D’où vient cette pétition ?

Cette pétition, lancée le 25 mai, réclamait d’ajouter une règle au vote sur le Brexit : si un camp l’emportait avec moins de 60 % avec une participation de moins de 75 %, « il devrait y avoir un nouveau référendum ». C’est exactement ce qu’il s’est produit le 23 juin : le camp « Leave » l’a emporté avec 51,9 % des suffrages exprimés, alors que 72,2 % des électeurs se sont déplacés.

Si cet appel était resté confidentielentre sa publication et le jour du vote, il a bénéficié d’une exposition importante dans les jours qui ont suivi, atteignant plus de 3,7 millions de signatures. Ironie de l’histoire : le Britannique qui l’a lancé, Olivier Healey, affirme sur Facebook qu’il était un partisan du « Leave »(la sortie de l’UE). Ce militant, qui a proposé la pétition à un moment où son camp était donné perdant dans les sondages, estime désormais que le vote a été équitable et se désolidarise de son propre texte.


Reste que le document a été versé au débat public. Comme tout texte qui dépasse 100 000 signatures outre-Manche, il pourrait donner lieu à un débat parlementaire : la réponse est attendue dans la journée de mardi. Par ailleurs, le gouvernement britannique devrait y apporter une réponse, comme c’est le cas pour les textes qui dépassent les 10 000 soutiens.

Pourquoi est-elle critiquée ?

La procédure pour voter est simple. Le formulaire demande simplement d’indiquer :

  • si l’on est un citoyen britannique (ou résident du Royaume-Uni habilité à signer) ou non ;
  • son nom ;
  • son adresse e-mail ;
  • son pays de résidence ;
  • son code postal.

Cette procédure est purement déclarative : seule une confirmation par e-mail est exigée. N’importe qui peut donc se déclarer citoyen britannique et signer en quelques clics, comme s’en est émue Marion Maréchal-Le Pen sur Twitter dimanche, qui a montré comment elle a soutenu l’initiative en s’inscrivant sous le nom de « Napoléon Bonaparte » :

Comme je viens de le faire, la fameuse pétition pour un 2ème vote #Brexit peut être signée par tous. Aucune valeur. https://t.co/KhKvt74lpV

— Marion_M_Le_Pen (@Marion Le Pen)

Est-ce à dire que la pétition n’a « aucune valeur », comme l’écrit la députée FN ? Non, se défend le comité de sélection des pétitions du Parlement, sur Twitter. La députée travailliste Helen Jones, qui le préside, se veut rassurante :

« Nous prenons la fraude au système de pétition très au sérieux, parce qu’elle nuit sérieusement au processus de démocratie parlementaire. Le Government Digital Service prend des mesures pour enquêter et, si nécessaire, retirer les signatures frauduleuses. Les gens qui ajoutent des signatures frauduleuses à cette pétition devraient savoir qu’il desservent la cause qu’ils prétendent soutenir. »

Quelque 77 000 signatures ont déjà été retirées, et les faux ne remettent pas en cause le fait que « cette pétition est très importante pour un nombre significatif de personnes », assure la députée. C’est l’une des incompréhensions récurrentes dans les polémiques sur des pétitions à succès : en règle générale, la modération n’intervient que dans un deuxième temps. Ce n’est pas parce qu’on réussit à déposer un faux soutien qu’il ne sera pas supprimé ensuite.

Le « GamerGate » dit avoir truqué les votes

Malgré tout, le système de recueil des signatures fait qu’il n’est pas impossible de tricher et d’ajouter des votes en donnant un peu de son temps. Il s’agit donc de déterminer si la fraude est restée artisanale et marginale, ou si elle a pu être industrialisée à l’aide de programmes informatiques.

Heatstreet.com, un site libertarien lancé en février par le groupe de Rupert Murdoch, accuse ainsi les médias d’avoir fait écho à ce qui ne serait qu’un « canular » du forum 4chan. Des internautes du « GamerGate », une mouvance d’internautes hostiles au discours féministe et aux médias, y revendiquent en effet le fait d’avoir ajouté des dizaines milliers de signatures depuis des pays étrangers comme le Vatican ou la Corée du Nord et critiquent les médias qui ont parlé de la pétition.

Exemple de script donné par Heatstreet concernant le « piratage » de la pétition.

Les citoyens britanniques qui habitent à l’étranger sont parfaitement fondés à soutenir le texte, mais les quelque 39 000 soutiens annoncés en provenance du Vatican avaient de quoi surprendre pour un état peuplé d’un peu moins de 1 000 habitants.

Lire : A la rencontre du GamerGate, le mouvement libertarien qui veut défendre « ses » jeux vidéo

96 % des signatures déclarées au Royaume-Uni

Le site du Parlement britannique donne des indications sur le lieu déclaré par les signataires de la pétition. Vers 14 h 30, lundi 27 juin, la page annonçait un peu plus de 3,7 millions de signatures. Sur celles-ci, 3,56 millions étaient déclarées en provenance du Royaume Uni, soit 96 % du total. 146 342 autres provenaient de l’étranger. Seuls quatre pays étrangers totalisaient plus de 10 000 internautes en faveur du nouveau vote :

  • France (24 792 personnes, alors que la communauté britannique est estimée à 400 000 résidents environ) ;
  • Espagne (15 640) ;
  • Australie (15 543) ;
  • Etats-Unis (14 695).

Quand on compare la répartition géographique des signatures avec celle du nombre d’électeurs, c’est surtout au sud du Royaume-Uni, région de Londres en tête, que les partisans d’un nouveau vote sont surreprésentés. L’Ecosse, autre bastion du « Remain », est à l’inverse légèrement sous-mobilisée.

Le Royaume-Uni du remain pour un nouveau vote

Cette carte des résultats électoraux au Royaume-Uni représente le rapport entre les signatures pour un nouveau vote et le nombre d’électeurs enregistrés dans une circonscription électorale. Elle est anamorphosée pour afficher les régions proportionnellement au nombre d’inscrits.

Passez votre souris sur les circonscriptions législatives britanniques pour afficher le détail.

Rapport entre signataires et électeurs inscrits

  • – de 3 %
  • 3-6 %
  • 6-9 %
  • 9-12 %
  • 12-15 %
  • 15-18 %
  • 18-21 %
  • 21-24 %
  • 24 % et +

Autre argument non étayé de la part des partisans du « Gamergate » : dans une précédente version du fichier des signatures, enregistrée au moment où la pétition recueillait 2,47 millions de signatures (et publiée ici), seulement 365 000 signatures sont attribuées au Royaume-Uni, soit moins de 15 % du total. Mais seulement 92 876 proviennent de l’étranger dans ce document. Il semble donc y avoir eu plutôt un défaut d’actualisation à ce stade plutôt qu’une manipulation.

S’ils n’ont pas tort de pointer les failles du système de pétition en ligne, les utilisateurs de 4chan s’avancent en affirmant l’avoir massivement manipulé. A ce jour, moins de 4 % des votes proviennent encore de l’étranger, et les signatures massives annoncées au Vatican (seulement 65 désormais) et en Corée du Nord (36) ont disparu. Rien ne montre en l’état qu’il y aurait eu une fraude massive.

Malgré les incertitudes sur le nombre exact de « vrais » signataires, la popularité de cet appel à un nouveau vote est réelle. En témoigne par exemple le fait que le lien vers la page Web a été partagédes centaines de milliers de foissur Facebook et Twitter en quelques jours.

Lire le décryptage : Royaume-Uni : le « Brexit » peut-il ne pas se produire ?

Vladimir Poutine en visite à Pékin, un « allié proche »

Le président russe Vladimir Poutine et son homologue chinois Xi Jinping jeudi 23 juin à Tachkent en marge du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghaï.

Vladimir Poutine est arrivé en Chine samedi 25 juin pour un sommet avec le président Xi Jinping placé sous le signe des convergences croissantes entre Moscou et Pékin. Dans une interview à l’agence Xinhua (Chine nouvelle) publiée le 17 juin, le président russe a même déclaré que les deux pays se considéraient comme « des alliés proches » – une expression inhabituelle, qui a quelque peu étonné en Chine puisque Pékin a toujours refusé toute politique d’alliance. « Vous voulez savoir si la Chine et la Russie vont s’engager sur la voie de devenir des alliés ? Je ne crois pas que cela va dans cette direction. La Chine a pour principe, avec la Russie, de devenir de bons amis, mais pas des frères d’armes », rectifie Li Ziguo, directeur du Centre d’études de l’Organisation de coopération de Shanghaï (OCS), qui rassemble Chine, Russie et les pays d’Asie centrale sur les questions de sécurité. La Chine mène une politique de « partenariat stratégique global » avec Moscou, comme avec de nombreux pays occidentaux.

« Contexte favorable »

« Cela signifie-t-il que les Russes ont plus besoin de la Chine que la Chine de la Russie ? Peut-être », note Jean-Pierre Cabestan, de l’université baptiste à Hongkong, qui constate que la coopération militaire va désormais dans les deux sens : les Chinois, gros clients du complexe militaro-industriel russe, commencent à fournir des composants électroniques pour des fusées russes et devraient équiper des bateaux militaires russes de moteurs diesel, Moscou n’ayant pu se fournir en Allemagne. « Il y a un contexte favorable pour les relations sino-russes : un rapprochement qui se fait contre l’Occident, une neutralité bienveillante de la Chine sur la question ukrainienne et, en retour, un soutien assez net des Russes sur les questions des mers de Chine du Sud. Les Russes reprennent exactement l’argumentaire chinois d’entretiens bilatéraux et de négociations pacifiques pour résoudre les différends territoriaux entre la Chine et ses voisins », poursuit le chercheur, auteur de La politique internationale de la Chine, Entre intégration et volonté de puissance (Presses de Sciences Po, 2015).

Le président chinois Xi Jinping et son homologue russe doivent ce week-endsigner un certain nombre d’accords dans le domaine économique, notamment la suite de la coopération enclenchée avec le projet de train à grande vitesse Moscou-Kazan. La Chine s’est également engagée en avril à financer la construction d’une usine de gaz naturel liquéfié sur la péninsule arctique de Yamal pour près de 10 milliards d’euros.

Obstacles économiques

Paradoxalement, ce sont les dossiers économiques qui aux yeux des Chinois posent le plus de problèmes : « C’est dans le domaine économique qu’il y a le plus de limites à la convergence entre Chine et Russie. Nos deux économies sont de taille différente. L’économie russe est en transition. C’est donc inévitable. De longues négociations sont nécessaires pour parvenir à une compréhension mutuelle », explique Jiang Yi, un chercheur de l’Institut d’études sur la Russie, l’Europe orientale et l’Asie centrale de l’Académie des sciences sociales. L’économie est « la partie la plus vulnérable des relations sino-russes », estime-t-il.

Ces divergences ont pour l’instant ralenti l’avancée des discussions autour d’une intégration des projets de zones économiques russes et chinoises – en l’occurrence l’Union économique eurasiatique et la Ceinture économique des routes de la soie – initiées en mai 2015. « Malgré une évaluation positive ce programme de la part des experts russes et chinois, les deux pays ne sont pas encore parvenus à trouver le moyen de le réaliser. Des obstacles sont apparus au cours de l’année écoulée », signalait le quotidien chinoisGlobal Times le 23 juin.

Autre dossier, la poursuite de l’élargissement de l’Organisation de coopération de Shanghaï (OCS), dont le sommet à Tachkent, en Ouzbékistan, les 24 et 24 juin, a marqué le quinzième anniversaire. L’OCS est conçue par les deux géants comme un outil de stabilisation de l’Asie centrale sur les questions de sécurité. Xi Jinping et Vladimir Poutine y étaient tous deux présents. L’OCS a enclenché les procédures d’intégration de deux nouveaux membres de poids, l’Inde et le Pakistan.

Les drones livreurs d’Amazon et Google interdits de vol aux Etats-Unis

Amazon ne pourra pas livrer ses colis par drone aux Etats-Unis. Mardi 21 juin, la Federal Aviation Administration (FAA), le gendarme des airs américain, a publié un premier cadre réglementaire sur l’utilisation commerciale de ces appareils. Celui-ci impose une série de restrictions, incompatibles avec le projet du géant du commerce en ligne. Amazon n’est pas le seul touché : Google teste aussi la livraison par drone. Tout comme Wal-Mart, le premier distributeur mondial.

« SÉCURITÉ PUBLIQUE »

La nouvelle législation, qui entrera en vigueur dans deux mois, interdit notamment les drones évoluant de manière autonome. Les appareils doivent par ailleurs rester en permanence dans le champ de vision de leur pilote – qui devront avoir plus de 16 ans et obtenir un permis. Et ils ne peuvent pas voler au-dessus de civils. Dans ces conditions, il est impossible de livrer un colis, d’un entrepôt situé en périphérie d’une ville vers le logement du client plusieurs kilomètres plus loin.

Autres contraintes : les drones ne pourront voler que de jour, à une altitude inférieure à 120 mètres et à une vitesse maximale de 160 kilomètres par heure. Leur poids, cargaison comprise, sera limité à 25 kg. « Nous avons opté pour une approche prudente, entre la nécessité de déployer cette technologie et notre mission de sécurité publique », justifie Michael Huerta, le directeur de la FAA. « Nous travaillons déjà sur d’autres règles pour étendre le champ d’action », ajoute-t-il.

Si la porte n’est donc pas fermée pour Amazon et Google, il faudra certainement attendre encore plusieurs années. Les discussions autour de ce cadre réglementaire ont en effet débuté en 2014. Une première ébauche avait été présentée en février 2015, suivie d’une longue période de consultations et de tractations. « Il est triste mais très probable que les Etats-Unis prennent du retard dans le domaine », redoutait en décembre 2014 Jeff Bezos, le patron d’Amazon.

LIVRAISON EN 30 MINUTES

Fin 2013, la société de Seattle avait dévoilé son projet Prime Air, promettant une livraison en 30 minutes des objets pesant moins de 2,25 kg – soit près de 90 % des produits vendus sur le site marchand. En novembre 2015, Amazon avait présenté un nouveau prototype de son appareil, capable notamment de détecter et d’éviter les obstacles situés sur sonparcours, comme les câbles électriques. En mars, le groupe a obtenu l’autorisation de tester ses drones dans le ciel américain.

« Le principal problème, ce n’est pas la technologie, estime M. Bezos. Ce sont les réglementations. » A long terme, Prime Air doit permettre à Amazon de réduire ses délais de livraison. Et ainsi d’anéantir l’un des derniers avantages du commerce physique : l’immédiateté de l’achat. Les drones doivent aussi limiter les coûts de livraison, dont le niveau très élevé se répercute déjà sur la rentabilité de l’entreprise. Si elle étudie d’autres pistes pour résoudre ces deux défis, elle mise avant tout sur les drones.

Depuis trois ans, Google teste aussi en Australie des drones autonomes capables de transporter des colis. Baptisé Project Wing, le programme est intégré à Google X, le laboratoire de la société qui travaille sur les projets les plus futuristes. Il pourrait être opérationnel dès l’an prochain. La réglementation rendra également impossible la fourniture d’un accès Internet très haut débit par drone, comme l’envisagent Google et Facebook dans les régions les plus reculées du pays.

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Ballons, drones, satellites: comment Google veut connecter le monde

Photo: Amazon

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La destruction de la Grande Barrière de corail menace le tourisme australien

En mai 2016, 90 % des coraux seraient touchés par un blanchissement dû au réchauffement climatique.

Si la Grande Barrière de corail continue à subir des épisodes de blanchiment importants – phénomène de dépérissement des coraux –, l’Australie perdra chaque année 174 000 touristes étrangers et 1,19 milliard de dollars de recettes (soit environ 782 millions d’euros), en ne comptant que les trois premiers pays visiteurs, à savoir les Etats-Unis, la Chine et le Royaume-Uni. C’est ce qu’expose un rapport de l’Australian Institute, rendu public mardi 21 juin, qui mesure les potentiels impacts du blanchiment de la Grande Barrière de corail sur les activités du secteur touristique australien. Ces conclusions ont été tirées d’études scientifiques et économiquesrécentes, mais aussi d’une série de sondages réalisée par ce think thank auprès de touristes étrangers et australiens.

Lire aussi : En Australie, 93 % de la Grande Barrière de corail a blanchi

Cette enquête fait suite aux pires épisodes de blanchiment de la Grande Barrière survenus au début de l’année 2016. Classé au patrimoine mondial de l’Unesco, le plus grand récif corallien du monde, long de 2 600 kilomètres pour une superficie 344 400 km², serait menacé de disparition. Le 20 avril, une étude de trois grandes universités australiennes révélait que « 90 % des récifs étudiés présentaient des signes de blanchiment ». En cause, selon le Bureau de la météorologie, une élévation de 1 à 2,7 °C de la température de l’eau. Un phénomène directement lié au réchauffement climatique pour les scientifiques de l’université de Melbourne, sans lequel « un blanchiment aussi important aurait été pratiquement impossible ».

Première attraction touristique du pays

Selon les sondages de l’Australian Institute, les touristes internationaux mettent la Grande Barrière à la première place des attractions touristiques du pays, à égalité avec l’opéra de Sydney. Mais si le blanchiment des coraux continuait, un tiers des touristes américains, 55 % des chinois et 27 % des britanniques interrogés choisiraient une autre destination pour leurs vacances. Les zones touristiques de la Grande Barrière à elles seules pourraient perdre 1,1 million de visiteurs – australiens et internationaux – et 931 millions de dollars australiens (soit environ 617 millions d’euros).

Les recettes touristiques issues de la Grande Barrière de corail sont estimées à 2,1 milliards d’euros.

Les récifs coralliens font aussi partie des trois lieux australiens préférés des touristes français. Depuis 2012, l’agence de voyage Australie Autrement envoie chaque année environ 8 000 voyageurs de l’Hexagone. Pour la chef de produit Australie et Nouvelle Zélande de l’agence, Aurélia Devilliers, « l’état des coraux n’est pas un frein pour les Français, comme il peut l’être pour les touristes allemands par exemple ». Elle estime qu’« outre la Grande Barrière, l’Australie regorge de richesses qui attirent les voyageurs ».

L’industrie touristique s’inquiète néanmoins du sort de la Grande Barrière de corail. Sa partie septentrionale est la plus affectée – dans l’Etat du Queensland – et « les prestataires n’emmènent pas les touristes dans les endroits où les coraux sont morts », explique Mme Devilliers. Mais les excursions et plongées sous-marines sont pour l’industrie touristique une occasion de sensibiliser les touristes à la préservation du patrimoine. « Les prestataires ont une réelle volonté de conserver cet écosystème auquel ils sont attachés, poursuit-elle. Ils veulent aussi agir pour maintenir l’économie de leur secteur, qui dépend de la santé des coraux, surtout dans le Queensland. »

Des milliers d’emplois menacés

En 2015, l’organisme australien Tourism and Events Queensland (TEQ), estimait en effet à 3,3 milliards de dollars australiens (soit environ 2,1 milliards d’euros), les recettes touristiques du Queensland. Et en 2005, une étude d’Oxford Economics donnait aux récifs coralliens une valeur économique de 51,4 milliards de dollars australiens et évaluait l’impact du blanchiment à 37,7 milliards de dollars australiens.

Si les touristes se mettaient donc à bouder la Grande Barrière de corail, l’économie australienne serait directement atteinte. D’autant plus que, d’après le centre de recherche Tourism Research Australia, le tourisme est à l’origine de 130 900 emplois dans le Queensland (4,7 millions d’habitants), dont 39 000 sont directement liés à la barrière de corail. L’Australian Institute estime que, si rien ne change, les zones touristiques autour de la Grande Barrière de corail « pourraient perdre environ 10 000 emplois dans le tourisme ».

De 39 000 à 45 000 emplois australiens sont liés à l’exploitation touristique de la Grande Barrière de corail.

Pour inverser la tendance, la solution se trouve, selon le think thank, dans la politique énergétique du pays. En 2014, le Queensland a exporté 207 millions de tonnes de charbon (Queensland Government), et si cet Etat était un pays, il serait le huitième plus gros producteur mondial. En témoigne la construction, en 2012, de la gigantesque mine de Gladstone – sur la côte nord-est– à environ 80 km de la Grande Barrière de corail.

En conclusion de son rapport, l’Australian Institute souligne que « l’industrie du charbon menace le secteur du tourisme ». C’est aussi ce que pensent 74 % des sondés internationaux de cette enquête, pour qui « l’Australie devrait sortir du charbon et le remplacer par des énergies propres afin de protéger la Grande Barrière ». Et la majorité des Australiens interrogés estiment que « la Grande Barrière est plus importante que le charbon pour l’économie de l’Etat du Queensland, et [qu’il] présente un plus fort potentiel de création d’emplois ».

A quelques jours d’élections fédérales, le 2 juillet, qui ont pour objet de renouveler les 150 sièges de la Chambre des représentants et les 76 sièges du Sénat, la Grande Barrière de corail constitue donc un enjeu politique. En mai, le gouvernement l’avait fait disparaître d’un rapport de l’Unesco faisant état des menaces du réchauffement climatique sur son patrimoine mondial.

Lire aussi : Quand la Grande Barrière de corail disparaît d’un rapport de l’ONU à la demande de l’Australie

Le PMU débouté de sa plainte contre Google pour abus de position dominante

Le Monde | 21.06.2016 à 07h49 |Par Laurence Girard

Le PMU n’a pas démontré l’abus de position dominante de Google. C’est en ces termes que le tribunal de commerce de Paris, saisi en référé, a débouté l’opérateur de paris hippiques et sportifs de sa plainte, lundi 20 juin.

Lire aussi : Le PMU tente de stabiliser les paris hippiques

Le PMU reprochait au géant américain du Web d’avoir déréférencé son application PMU Sports Live de Google Play Store, sa plate-forme d’applications pour mobiles Android. Mais aussi d’avoir contraint le journal L’Equipe à retirer de son application mobile la bannière publicitaire pour PMU Sports. Une décision qui était tombée au pire moment, fin mai, soit à quelques jours du début de l’Euro 2016 de football, un moment clé pour les paris sportifs. Et ce, alors que l’application du PMU était en ligne sur Google Play Sport depuis fin 2014.

Même sanction pour la FDJ

La sanction a été la même pour FDJ (Française des jeux), également partenaire commercial du site de L’Equipe. Google a justifié sa mise en demeure en expliquant qu’il n’autorisait pas sur ses sites les applications ou les liens commerciaux qui facilitent l’accès aux jeux d’argent.

Le PMU mettait en avant l’enquête de la Commission européenne sur un possible abus de position dominante de Google

Le PMU avait décidé de saisir le tribunal de commerce, qui s’est déclaré compétent pour statuer. Dans sa plainte, l’opérateur de paris s’interrogeait sur le fait que les règles énoncées par Google ne s’appliquaient pas sur son site Google Adwords, spécialisé dans la vente de mots-clés pour référencer des liens commerciaux.

Le PMU estimait qu’étant autorisé d’un côté à acheter des mots-clés, et interdit de l’autre de référencer son application, il était victime de discrimination. Il mettait aussi en avant l’enquête en cours menée par la Commission européenne sur un possible abus de position dominante de Google sur le marché des systèmes d’exploitation pour les mobiles.

Lire aussi : Android dans le collimateur de Bruxelles

Enfin, l’entreprise de paris hippiques constatait que d’autres applications de paris sportifs étaient toujours en ligne. A l’exemple de l’application BetClic, référencée sur le site d’Eurosport.

Le PMU avait choisi une procédure en référé pour obtenir une décision rapide, alors que l’Euro s’achève le 10 juillet. Aujourd’hui débouté, il réfléchit à l’opportunité d’intenter une action sur le fond.

Lire aussi : Le PMU force l’allure à l’international

  •  Laurence Girard

    Journaliste au Monde
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« Ariane 5 » met en orbite deux satellites de télécommunications

Le Monde | 19.06.2016 à 01h45 • Mis à jour le19.06.2016 à 14h24

Le lanceur lourd européen Ariane-5 a décollé samedi 18 juin du Centre spatial de Guyane française, à Kourou.

Le lanceur européen Ariane 5 a mis sur orbite samedi 18 juin deux satellites de télécommunications, Echo Star XVIII, pour l’opérateur Dish Network, et BRIsat, pour la banque indonésienne Rakyat Indonesia.

Ariane 5 a décollé à 18 h 38 locales (23 h 38, heure française) du centre spatial de Kourou, en Guyane française. Vingt-neuf minutes et vingt secondes plus tard, le lanceur européen se séparait du satellite de télécommunications EchoStar XVIII. Quarante-deux minutes et cinq secondes après son décollage, il plaçait sur orbite BRISat.

Troisième lancement de l’année pour « Ariane 5 »

D’une masse au décollage de 6,3 tonnes, le satellite EchoStar XVIII a été construit par Space System Loral. Dish dessert près de 14 millions d’abonnés à la télévision payante. Construit également par Space System Loral et d’une masse au décollage de 3,540 kilogrammes, BRISat permettra la sécurité des communications bancaires pour 53 millions de clients dans l’archipel indonésien pendant plus de quinze ans. C’est la première fois qu’un satellite de télécommunications totalement consacré à une institution financière est mis en orbite, précise le communiqué d’Ariane Space.

Cette mission était la 230e depuis le vol inaugural d’Ariane, le cinquième lancement de l’année et le troisième d’une fusée Ariane 5.

Lire aussi : Ariane-5 au secours des militaires américains ?

La gazette du Salon du jeu vidéo de l’E3 : l’envers du décor


« – Je crois que je pourrais m’endormir là, tout de suite, par terre.

– Profites-en, c’est de la moquette, elle est douce. »

Mercredi 15 juin, sur les coups de 18 heures, à la fermeture des portes de la seconde et avant-dernière journée de l’Electronic Entertainment Exposition (E3), le Salon du jeu vidéo annuel de Los Angeles, la fatigue se lit sur tous les visages. Si les portes de l’événement n’ont officiellement ouvert que la veille, cela fait déjà plusieurs jours que la ville vit au rythme des conférences et soirées professionnelles en tous genres. Sur le stand d’un grand constructeur, les cernes tirés de certains témoignent que la nuit a été courte. Pour les médias présents sur place, les journées commencent souvent à 6 heures du matin pour se finir sur les coups de minuit, le temps de rédiger les articles. Et les rendez-vous qui s’enchaînent, les queues à rallonge, les allers et venues dans le brouhaha d’un salon étalé sur deux halls différents ne font que rajouter à la fatigue générale. Jeudi 16 juin, jour de fermeture du salon : la quille, enfin !

« La foire à la saucisse »

« L’E3, c’est mon douzième d’affilée, j’adore ça, cette excitation propre à ce salon », confie un vétéran du secteur. Contraint comme tant d’autres à ne pas pouvoir s’exprimer en son nom propre, il relève néanmoins le changement de population au Convention Center de Los Angeles : journalistes des pays de l’Est, d’Asie du Sud-Est et des monarchies arabes sont en nette hausse cette année, compensant l’absence de nombreux médias généralistes occidentaux. Et puis, il y a ces visiteurs plus inattendus. « Ubisoft ? Non, je ne connais pas vraiment. Je suis venu pour mon fils, on s’est fait un petit plaisir, ce n’était pas trop cher », explique Danny, 47 ans, agriculteur de métier. Acquéreur d’un billet pour l’E3 Live, une petite antenne du salon réservée au grand public, il a réussi à entrer dans le salon traditionnel, les organisateurs ayant préféré ouvrir leurs portes à des non professionnels plutôt que d’avoir des invendus.


Si l’E3 est régulièrement annoncé sur le déclin, il ne désemplit pas. Il amorce en revanche sa mue progressive, passant d’un salon professionnel à un événement grand public, comme l’est la Paris Games Week en France. « C’est vrai que c’est assez étonnant, on voit des gens avec des sacs à dos de fan venir récolter des goodies, en plein milieu des costumes cravates, ça fait un peu foire à la saucisse », convient un professionnel qui découvre l’événement et s’attendait à un public plus homogène. « C’est un E3 plus apaisé, préfère retenir Hugues Ouvrard, président de XBox France. On peut circuler, s’entendre parler, c’est agréable. »

L’envers des présentations de jeux

La partie professionnelle, elle, continue d’exister. Pour les médias, elle se compose pour l’essentiel de présentations de jeux en « behind closed door » (salles fermées, sur rendez-vous). Là, un démonstrateur dispose de 20 à 30 minutes pour convaincre une dizaine d’observateurs des promesses de son jeu, à partir d’une version intermédiaire. L’argumentaire est parfois naïf : « Dans cette suite, les temps de chargement après chaque mort sont beaucoup plus rapides », tente de s’enthousiasmer l’animateur de Styx, sur le stand français Focus. Côté Mafia III, deux longues séquences de jeu insistaient sur des mécaniques très précises, comme la possibilité de déléguer la gestion de son territoire à ses sbires.


Autre exercice de style : le hands on (« manette en main »), qui consiste cette fois à laisser le joueur essayer le prototype. Non sans les commentaires omniprésents – et parfois agaçants – de démonstrateurs zélés, de l’animatrice poussant des cris de joie feints à chaque action réussie au professionnel vous jurant découvrir en même temps que vous un passage secret sur un jeu qu’il commente en boucle depuis 48 heures.

La prise en main d’un jeu de combat répond-elle à une pratique très codifiée, en trois manches : permettre au journaliste de vaincre dans la première, et le gratifier d’un « vous êtes extrêmement doué ! », après avoir passé 90 secondes à n’appuyer sur aucun bouton ; remporter la seconde manche en sortant une pluie de coups spéciaux ultraspectaculaires, parce qu’il faut bien montrer la marge de progression du joueur et se détendre un peu ; le laisser gagner la troisième manche, mais de peu, afin que le journaliste reparte de la démonstration avec un sentiment gratifiant. Un stratagème redoutable, qui permet à un néophyte absolu de triompher de n’importe quel professionnel même en jouant les yeux bandés et la manette à l’envers.


Et puis, il y a l’interview, ce moment qui résume à lui seul la manière dont fonctionne cette industrie. Jusqu’à 5 minutes avant celle-ci, il n’est pas rare d’ignorer jusqu’à l’identité et la fonction de son interlocuteur. Dans le jeu vidéo, on cale des interviews sur des jeux, non sur des personnes, à quelques exceptions près. Les professionnels passionnants ne manquent pourtant pas, mais dans un secteur régi par de grands groupes internationaux à la communication ultracontrôlée, ceux-ci ont presque pour unique fonction de servir de relais du message officiel.

Ainsi, il n’est pas rare que les porte-parole attitrés aient à apprendre par cœur 50 questions-réponses types, avec pour mission de systématiquement ramener les questions des journalistes aux réponses validées en amont. Mai il y a aussi des moments d’improvisation totale, comme le créateur Warren Spector montrant ses fesses il y a quelques années pour illustrer un problème de caméra. C’était à la dernière heure du dernier jour du salon, quand les niveaux de fatigue ont dépassé ce que la patience peut endurer. Et que l’E3, enfin, sort un peu de ses gonds.