Archives mensuelles : juillet 2016

Grève à Air France : 20 % de vols annulés samedi

La grève des pilotes coûtera « quelques dizaines de millions d’euros » à Air France, selon la direction financière de la compagnie.

La grève des hôtesses et stewards d’Air France se poursuit samedi 30 juillet, pour la quatrième journée de suite, entraînant l’annulation de 20 % des vols de la compagnie. Un chiffre qui devrait rester stable dimanche, mais masque de possibles désagréments de dernière minute, en plein chassé-croisé estival. Dimanche, une amélioration est attendue à Roissy avec 80 % de moyen-courriers maintenus, contre 70 % samedi.

Samedi, le trafic est conforme aux prévisions de la veille. Il devrait se maintenir dimanche, avec « plus de 80 % » de vols assurés, selon la compagnie, qui prévoit un taux de grévistes de 41 % parmi le personnel navigant commercial (PNC). Les syndicats évaluent la mobilisation à 70 %. Les pourcentages donnés par Air France incluent l’activité de la filiale Hop !, qui assure les trajets intérieurs, même si son personnel n’est pas en grève.

A Orly, un quart des vols sont annulés samedi au départ (26 vols sur 102) et à l’arrivée (28 sur 104), selon des sources aéroportuaires. Aucune annulation n’a eu lieu au dernier moment, selon ces mêmes sources.

Composition des équipages difficile

Durant le week-end, « des annulations et des retards de dernière minute ne sont pas à exclure », prévient la direction d’Air France. « Des difficultés dans la composition des équipages sont également susceptibles d’entraîner des limitations dans le nombre de passagers par vol », précise-t-elle.

De fait, vendredi, une annulation a eu lieu au dernier moment pour un vol à destination de New Delhi, et « 1 000 personnes » ont dû être débarquées ou n’ont pu monter à bord de leur avion en raison d’un manque de personnel, selon Pierre-Olivier Bandet, directeur général adjoint d’Air France.

Pour des raisons de sécurité, il faut compter un steward ou une hôtesse au minimum à bord d’un avion pour une paire de portes, ainsi qu’un employé pour 50 passagers. Ainsi, pour un long-courrier doté de quatre paires de portes, il en faut au moins quatre, explique Christophe Pillet, porte-parole du Syndicat national du personnel navigant commercial-Force ouvrière (SNPNC-FO). Mais avec seulement quatre, cela « limite la capacité à 200 sièges sur un avion où on peut en avoir plus de 300. Pour 250 passagers, il faut un cinquième PNC », poursuit-il.

Limitation de capacité à bord

En plein pic estival, 150 000 personnes par jour devaient voyager avec Air France ce week-end. Sur environ « 30 000 personnes » touchés chaque jour par la grève, selon M. Bandet, près de 10 % le sont en raison de la limitation de capacité à bord, dont ils sont généralement prévenus.

Le PNC, en grève jusqu’à mardi soir à l’appel du SNPNC-FO et de l’Union nationale des syndicats autonomes-Personnel navigant commercial (45 % des voix), refuse que l’accord collectif fixant les règles de travail, de rémunération et d’avancement, en vigueur jusqu’au 31 octobre, ne soit prolongé que pour dix-sept mois, comme le propose Air France.

Cette grève coûtera « quelques dizaines de millions d’euros », probablement plus que les 40 millions de celle des pilotes en juin, a précisé mercredi Pierre-François Riolacci, directeur financier d’Air France-KLM.

Lire : La grève à Air France se poursuit en plein chassé-croisé estival

« Le navire d’Air France peut couler corps et âmes »

À mes amis PNC (personnel navigant commercial) : en trente ans aux commandes des avions d’Air France, j’ai volé avec beaucoup d’entre vous. J’ai partagé avec vous les peines et les joies de ce beau métier de navigant. Je sais vos craintes et vos interrogations sur l’avenir de ce métier, sur votre avenir. Je connais les contraintes, les heures de nuit, les décalages horaires, les contrôles, les visites médicales, les passagers quelquefois difficiles. J’ai assisté, comme dans toute entreprise, à des grèves, et même participé à certaines, par solidarité. Je ne suis jamais intervenu dans les conflits et, cette fois-ci, bien que j’en comprenne également les enjeux, j’ai le profond sentiment que nous acheminons vers un suicide collectif.

Depuis 2009, notre belle compagnie s’est appauvrie de 11 milliards d’euros en soldant au fil de l’eau presque tous ses actifs : Amadeus, Servair, presque toute sa flotte vendue pour être relouée à elle-même. Les prochaines étapes étant peut-être la vente de sa « maintenance avions » une fois filialisée, puis en final, le transfert de sa filiale KLM dans le groupe Delta Airlines. La baisse du pétrole et l’effet des efforts des salariés dans le cadre du plan « Transform » ont permis à l’entreprise de retrouver en 2015 un léger bénéfice qui ne peut évidemment pas compenser, à lui seul, les dettes contractées depuis 2009.

De plus, l’horizon s’assombrit : nous allons devoirfaire face aux effets des attentats en France, de la surcapacité structurelle due à la remise en service d’avions gros consommateurs de carburant et de la fin attendue du cycle haussier du transport aérien ; mais aussi, de la concurrence des low cost aux charges réduites, des compagnies du Golfe largement subventionnées et du dumping social… en n’oubliant pas une augmentation inéluctable du prix du pétrole et une évolution à la baisse des coûts de nos concurrents directs. La gestion de notre dette a amené nos dirigeants à tempérer leur communication à l’attention des marchés financiers, car personne ne souhaite financer une entreprise sans avenir. Aussi, comme d’habitude, les résultats de la compagnie Air France sont noyés au sein de ceux plus favorables de KLM et la baisse drastique de la recette unitaire de près de 6 % est mise en regard d’une amélioration du résultat d’exploitation non corrigée de l’effet pétrole.

Confrontés à ces contradictions de communication interne et externe, les salariés concluent au mensonge d’une direction passant d’un jour à l’autre à l’euphorie d’un « rétablissement des fondamentaux » (en mai, Alexandre de Juniac, – ancien PDG d’Air France-KLM) et d’un « dépassement des objectifs financiers » (en mai, Frédéric Gagey, PDG d’Air France) ; puis, à une pression sur les coûts sociaux aboutissant aux grèves de pilotes (en juin), puis des stewards et hôtesses (en juillet).

Jamais depuis 1993, Air France n’a connu un tel défaut de confiance entre la direction et ses salariés, mais aussi entre les corporations qui la composent. Les audits sociaux commandés par le comité exécutif montrent un taux de confiance de 17 % à ses dirigeants ; mais aussi un ressentiment marqué des personnels au sol à l’encontre des pilotes montrés du doigt pour leur refus apparent de solidarité, et des stewards et hôtesses convaincus d’être les seuls à payer. Cette grève – longue –, en pleine saison touristique, a des conséquences bien plus importantes que les pertes financières liées à la baisse de recettes. L’avenir de notre compagnie est en fait fragilisé par la perte de confiance de nos clients : comment imaginer que les dizaines de milliers de passagers dont nous avons gâché les vacances, reviendront d’eux-mêmes dans nos avions

Le retour à la confiance est maintenant le maître mot de notre avenir : la confiance de nos clients à reconquérir, une sorte de contrat de confiance. La confiance des partenaires, en premier lieu KLM qui veut à tout prix éviter de sombrer avec le navire Air France. Or, sans KLM, la compagnie Air France n’aura définitivement plus la taille pour résister seule à la concurrence internationale. La confiance des investisseurs pour financer notre développement et, surtout, la confiance des salariés dans leur avenir

La solution ? L’arrivée d’un nouveau président [Jean-Marc Janaillac, le 4 juillet] est l’opportunité de la remise à plat du dialogue. Une trêve a été signée avec les pilotes, le temps de construire un projet qui suscite l’adhésion. Pourquoi ne serait-ce pas possible avec les stewards et hôtesses ? Le retour à la confiance passe par un constat partagé de la situation réelle de l’entreprise. Cette photographie sociale et économique de notre compagnie, des enjeux internationaux, des opportunités et des fragilités doit être confiée à une personnalité ou à un organisme indépendant. La stratégie découlera d’elle-même à la condition que le calendrier politique ne prenne pas le pas une fois encore sur les besoins de l’entreprise.

Les Français tiennent beaucoup à leur pavillon national, mais il risque soit de disparaître dans l’indifférence comme les PAN AM, TWA, Sabena ou Swissair, ou de devenir l’ombre de son passé comme Alitalia ou Iberia. Nous pouvons encore sauver Air France, mais la marge est étroite et le temps est compté. La balle est dans le camp de tous les salariés d’Air France : Notre beau navire risque de couler corps et âme si nous faisons le choix de la division, des corporatismes et de la confrontation suicidaires. Je connais pour l’avoir partagé la passion qui anime les salariés d’Air France, notamment des navigants. Ils doivent la mettre aujourd’hui au service de leur avenir et de leur compagnie.

Gérard Feldzer est président honoraire de l’Aéro-Club de France et membre de l’Académie de l’air et de l’espace

SFR souhaite supprimer 5 000 emplois, soit un tiers de ses effectifs

Le Monde | 27.07.2016 à 16h50 • Mis à jour le27.07.2016 à 17h17 |Par Sandrine Cassini

Patrick Drahi l’avait laissé entendre il y a quelques semaines à New York, la purge sera saignante. Dès le 1er juillet 2017, date à laquelle l’accord sur le maintien de l’emploi signé avec les pouvoirs publics en 2014 vient à échéance, l’opérateur télécom mènera un vaste plan de suppression des effectifs. Selon nos informations, la directrice des ressources humaines, Florence Cauvet, a confirmé mardi 26 juillet aux organisations syndicales que le groupe avait pour objectif de ramener l’effectif de l’opérateur télécom de 14 300 salariés à 9 000 personnes d’ici la fin 2017, ce qui revient à supprimer environ 5 000 emplois.

Lire aussi : Les syndicats inquiets pour l’avenir de SFR

Au bout de quelques minutes, les organisations syndicales ont mis fin à la réunion. Chez SFR, on ne commente pas ce chiffre, qui pourrait de fait évoluer. Ainsi, une nouvelle réunion est prévue jeudi 28 juillet.

Réorganisation des boutiques

Si la direction a commencé à laisser filtrer ses intentions sur l’effectif du groupe, c’est sous la pression des syndicats. Ces derniers ont demandé plus d’information sur l’avenir des salariés, alors que SFR a déjà commencé à réorganiser certaines branches, comme la distribution.

Lire aussi : SFR : la CFE-CGC souligne un malaise social et demande une médiation au gouvernement

La direction a donc besoin de leur aval pour mener à bien un premier plan de départs, déjà dans les cartons. Il concerne les boutiques, en passe d’être réorganisées, et qui emploient 3 900 personnes. Ainsi, l’opérateur veut voiraboutir d’ici la fin août la période d’information-consultation, afin de pouvoir laisser partir les salariés concernés en novembre. Une manière de « sauver la période de Noël » et de lever définitivement les inquiétudes avant la cruciale période des fêtes.

Lire aussi : SFR : les bons calculs de Patrick Drahi

  • Sandrine Cassini

    Journaliste au Monde

La Chine se targue d’avoir construit le plus gros hydravion du monde

Le Monde | 24.07.2016 à 11h16

Cérémonie de présentation de l’hydravion AG600 à Zhuhai, dans le Guandong.

La Chine a construit le plus gros hydravion du monde, dernier effort en date de Pékin pour mettre fin à sa dépendance envers les avionneurs étrangers, selon l’agence officielle Chine Nouvelle.

La Corporation chinoise de l’industrie de l’aviation (CCIA), contrôlée par l’Etat, a dévoilé samedi 23 juillet le premier de ces appareils, appelé le AG600, dans la ville portuaire de Zhuhai, dans le sud de la Chine. Elle revendique déjà 17 commandes.

L’hydravion, destiné à la lutte contre les feux de forêt et le sauvetage en mer, avoisine la taille d’un Boeing 737 et est largement plus grand que tous les autres appareils conçus pour se poser sur l’eau et en décoller.

L’envergure de ses ailes est toutefois considérablement plus petite que celle du H-4 Hercules, un hydravion surdimensionné conçu dans les années 1940 pour transporter les troupes alliées. Cet appareil est considéré comme le plus gros jamais construit bien qu’il n’ait volé qu’une seule fois, en 1947.

S’affranchir des constructeurs étrangers

Alors que des querelles territoriales maritimes opposent Pékin à plusieurs de ses voisins, dont le Japon, le Vietnam et les Philippines, l’AG600 pourrait potentiellement permettre à la Chine de mener toute une série d’opérations en mer de Chine méridionale où elle a construit des îles artificielles et des infrastructures diverses.

La Chine cherche aussi à réduire sa dépendance envers les constructeurs étrangers comme l’américain Boeing et l’européen Airbus. En juin, l’avion régional chinois ARJ21 a effectué son premier vol commercial, point culminant d’un programme aéronautique lancé il y a quatorze ans et destiné à doter la Chine d’un avionneur crédible.

Boris Johnson fait profil bas pour son retour à Bruxelles

Le Monde | 19.07.2016 à 20h37 • Mis à jour le19.07.2016 à 20h59 |Par Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, bureau européen)

Boris Johnson le 18 juillet à Bruxelles, arrivant à son premier conseil des ministres européens.

Mauvais présage ? L’avion officiel qui emmenait Boris Johnson à Bruxelles, dimanche 17 juillet, a dû procéder à un atterrissage d’urgence à Luton. « Problème technique. » Le nouveau ministre britannique des affaires étrangères a toutefois pu rejoindre dans les temps la capitale de l’Union européenne (UE) honnie et y participer, dans la soirée, à une rencontre discrète avec la haute représentante de l’Union pour la politique extérieure, Federica Mogherini. Un dîner prévu initialement avait été annulé en raison, notamment, de l’attentat de Nice.

La discussion fut, paraît-il, paisible, « constructive et cordiale ». Un premier pas intéressant pour l’un des principaux protagonistes du Brexit, qui avait comparé l’UE à Adolf Hitler et devait participer, lundi, à son premier conseil des ministres européens…

Lire aussi : « Brexit » : pour Boris Johnson, l’Union européenne emprunte le chemin d’Hitler et de Napoléon

Eviter tout incident

Dotée d’un sens plus aigu de la diplomatie, Mme Mogherini voulait officiellement faire connaissance avec le nouveau venu. Et, plus vraisemblablement, tenter d’éviter tout incident entre l’ex-maire conservateur de Londres, qui fut aussi le correspondant du Daily Telegraph à Bruxelles, et certains de ses collègues. L’ancien ministre suédois des affaires étrangères Carl Bildt, à l’annonce de la nomination de M. Johnson, avait tweeté : « J’aurais souhaité que ce soit une blague, mais je crains que cela n’en soit pas une. »

L’Allemand Frank-Walter Steinmeier avait dénoncé ceux qui, une fois le Brexit décidé, avaient « déguerpi pour allerjouer au cricket ». Une allusion à l’abandon rapide de M. Johnson dans la course au 10, Downing Street. Le Français Jean-Marc Ayrault avait, lui, montré du doigt un homme « qui a beaucoup menti et se retrouve le dos au mur ». M. Ayrault a toutefois été pardonné par le Britannique à la suite de la « charmante lettre » (dixit M. Johnson) qu’il lui a adressée après sa nomination.

Et Hitler dans tout cela ? Une journaliste du Times de Londres a demandé au ministre français des affaires étrangères si M. Johnson s’était excusé pour sa comparaison plus que malencontreuse. « Je ne me suis pas senti concerné, l’Europe est née après la seconde guerre mondiale et tout le monde sait ce qu’elle représente », a éludé M. Ayrault.

  •  Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, bureau européen)

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Réseaux sociaux : une difficile modération des contenus violents

Comme lors des précédents attentats, les citoyens se sont emparés des réseaux sociaux pour publier des images et des vidéos du massacre qui a frappé la ville de Nice, faisant 84 victimes selon le dernier bilan, jeudi 14 juillet. Malgré les systèmes de modération normalement mis en place par Google, Twitter et Facebook, photos et vidéos choquantes continuaient de circuler au lendemain de l’événement. Vers 12 heures, une vidéo prise la veille par un anonyme sur la promenade des Anglais circulant au milieu des corps ensanglantés était toujours disponible sur Instagram, Twitter et YouTube.

Sur Instagram (Facebook), on pouvait voir au même moment une autre vidéo similaire montrant des corps cachés sous les draps. Sans compter les nombreuses photos de cadavres toujours présentes dans la matinée de vendredi. Sur le réseau social Periscope, propriété de Twitter, la vidéo d’un anonyme filmant depuis sa fenêtre l’arrivée des secours et faisant le décompte du nombre de morts était, elle aussi, toujours accessible.

Même si depuis les attentats de Charlie Hebdo, les géants du Net ont renforcé leurs équipes de modération et leurs liens avec le gouvernement, force est de constater que le filtrage et la suppression de contenus violents restent imparfaits. Pourtant, toutes les équipes sont à pied d’œuvre depuis la nuit. Google affirme avoir déjà supprimé de YouTube plusieurs vidéos montrant des corps sur signalement des internautes. Dans la soirée la veille, le site de partage de vidéos avait aussi répondu à une requête du gouvernement lui demandant de retirer un contenu. Certaines des vidéos mises en ligne par des médias officiels faisaient également l’objet d’un avertissement.

Déficiences de l’application officielle SAIP

Même mobilisation chez Facebook qui a également rendu indisponibles de nombreux contenus. Selon le journaliste de RFI spécialisé sur les questions de djihadisme David Thomson, la « principale page francophone de l’Etat islamique avait été désactivée cette nuit ».

A 12 h 30, on ne savait pas si Twitter avait également supprimé des vidéos.

En parallèle, les réseaux sociaux ont aussi pallié les déficiences de l’application du gouvernement, SAIP, censée alerter les concitoyens sur les risques d’attentats. Ainsi, vers minuit trente, l’application ne rendait toujours pas compte des événements de Nice. Seul message visible mis en ligne à 1 h 34 du matin, une simple « alerte attentat » conseillant au public de « rester à l’abri », et mentionnant l’ouverture d’une cellule d’accueil des familles au Centre universitaire méditerranéen.

En attendant, le Safety Check de Facebook, qui permet de se signaler en sécurité, avait été activé vers minuit et demi. De son côté, Google avait mis en place sur Google Now, son outil d’intelligence artificielle disponible Android, deux cartes destinées aux habitants de Nice et de sa région, diffusant les informations de la préfecture de police.

Lire aussi : Attentat de Nice : les excuses de France Télévisions

« Pokémon Go » mis à jour pour limiter son accès aux données personnelles

Le Monde | 13.07.2016 à 15h17

L’application « Pokemon Go » demandait un grand nombre d’autorisations d’accès aux smartphones des utilisateurs dans la première version, sans justification.

L’application Pokémon Go est désormais disponible dans une nouvelle version. Le jeu de réalité augmentée, rapidement devenu un phénomène, disponible sur iOS et Android dans certains pays, a été modifié pour réparer quelques bugs mais surtout réduire les autorisations d’accès au compte Google des utilisateurs.

Lire aussi : « Pokémon Go » peut accéder à votre compte Google

Les ingénieurs de Niantic, le développeur du jeu, ont confirmé à Wired qu’ils avaient « remédié à l’étendue du contrôle des comptes Google » après avoir essuyé un certain nombre de critiques sur l’accès aux comptes des joueurs par l’application.

L’application ne peut désormais accéder qu’à l’adresse courriel et au nom d’utilisateur des joueurs.

Un sénateur interpelle les développeurs

La polémique a attiré l’attention d’un sénateur américain. Mardi 12 juillet, Al Franken a adressé une lettre ouverte au directeur de Niantic pour exprimer ses préoccupations quant à la collecte de données. Le parlementaire demandait à la start-up derrière le succès de Pokémon Go ce qu’elle comptaient faire de ses données et quelles mesures avaient été prises pour les anonymiser. Niantic n’a pas encore répondu à la lettre d’Al Franken.

Ce problème de sécurité n’a pas entamé la popularité du jeu de réalité augmentée, qui vient d’être officiellement lancé en Allemagne mercredi 13 juillet – elle devrait l’être en France prochainement. Selon une estimation de SurveyMonkey, avec un pic de joueurs actifs à 21 millions, Pokémon Go est déjà le jeu le plus populaire dans l’histoire des applications mobiles aux Etats-Unis.

RDC : le scandale de l’or de la rivière Ulindi, pillé par une société chinoise

Sur une drageuse artisanale de la rivière Ulindi, à l’est du Congo, les orpailleurs séparent l’or du sable avec du mercure hautement polluant.
Sur une drageuse artisanale de la rivière Ulindi, à l’est du Congo, les orpailleurs séparent l’or du sable avec du mercure hautement polluant.Crédits : Désirée Ruppen, BGR

Il y a de l’or dans la rivière Ulindi, à l’est du Congo, et une compagnie chinoise, Kun Hou Mining, a décidé de mettre la main dessus. Comment faire ? Selon un rapport de l’ONG Global Witness, publié le 5 juillet 2016, c’est assez simple :

  1. Négocier dès l’été 2013 avec le gouverneur de la province du Sud-Kivu, afin d’obtenir sa bénédiction et celle de ses services.
  2. Offrir en 2014 des armes et de l’argent à des groupes armés locaux, pour acheter leur protection. Leur permettre, par la même occasion, de rançonner les orpailleurs artisanaux afin de maintenir leurs activités, qui relèvent du banditisme.
  3. Amener quatre dragueuses à godets à Shabunda, une ville enclavée à 150 km à l’ouest de Bukavu, la capitale de la province, pour extraire de la rivière Ulindi de l’or alluvionnaire dont les quantités ne figureront sur aucun registre
  4. Vendre cet or aux commerçants de Bukavu qui le feront suivre à leur filiale à Dubaï, où se perd la trace du métal précieux.

Le tour est joué. Un tour qui, selon les calculs de Global Witness, a ainsi vu s’évaporer de Shabunda plus d’une tonne d’or par an (soit 38 millions de dollars au prix international), tout en finançant les groupes armés qui sèment la terreur depuis dix ans dans la région. Le tout sans que le moindre impôt local ne soit payé, si bien que la population locale n’en profite pas. Au contraire : la ruée vers l’or de Shabunda, ville qui ne dispose ni d’eau courante ni d’électricité, a fait exploser le prix des vivres et a laissé une partie des habitants le ventre vide.

Scène de rue, à Shabunda, à l’est du Congo, ville ayant été le théâtre d’une ruée vers l’or dès 2013.
Scène de rue, à Shabunda, à l’est du Congo, ville ayant été le théâtre d’une ruée vers l’or dès 2013.Crédits : Alexander Kopp, GIZ

Lire aussi : « Minerais du sang » : le gouvernement doit résister aux lobbies industriels

Pour ses recherches, l’ONG a mené plus de 80 interviews dans la région au plus fort de la fièvre de l’or de Shabunda, entre 2014 et 2015. Ses conclusions sont accablantes : tout au long de la chaîne de valeur, du plongeur dans la rivière au marchand de Dubaï, les lois congolaises et les lignes de conduites de l’ONU ou de l’OCDE sont violées. De fait, sur les marchés de l’or à Dubaï, en Suisse ou à Londres, l’acheteur n’a aucune garantie qu’il n’est pas en train de financer des groupes armés au Congo, même si la rivière Ulindi semble désormais charrier moins de métal précieux. Voici les principaux éléments du rapport :

1. L’exploitant chinois éhonté

Kun Hou Mining, société appartenant au groupe du même nom enregistré à Shijiazhuang, dans la province chinoise du Hebei, a aussi une filiale en Ouganda. Elle est dirigée à l’est du Congo par un certain Michael Wang, 44 ans, lequel a démarré les opérations à Shabunda en septembre 2014 avec un associé français, Franck Menard, 64 ans. L’or produit par Kun Hou grâce à ses quatre dragueuses à godets, longues chacune de 25 mètres, est estimé par l’ONG à 460 kg par an (17,5 millions de dollars). Mais la compagnie a aussi récupéré de l’or de coopératives locales, qui travaillent avec des « dragues suceuses », sorte de radeaux aspirant les sédiments alluviaux par un simple tuyau qu’un plongeur enfonce dans le gravier, à trente mètres de profondeur. Ces 150 dragues artisanales auraient produit entre 550 et 720 kg d’or par an au pic de la production, entre 2014 et 2015.

L’une des quatre dragues dotées de « chaînes à godets » amenées à Shabunda par la société chinoise Kun Hou Mining . La chaîne à godets peut atteindre une profondeur de 15 mètres. Chaque drague produit entre 10 et 20 kg d’or par mois.
L’une des quatre dragues dotées de « chaînes à godets » amenées à Shabunda par la société chinoise Kun Hou Mining . La chaîne à godets peut atteindre une profondeur de 15 mètres. Chaque drague produit entre 10 et 20 kg d’or par mois.Crédits : COSOC-GL

Cependant, pas un gramme de l’or de Shabuna ne figure dans les statistiques de la province du Sud-Kivu. Pourquoi ? Kun Hou affirme qu’une émeute populaire, à Shabunda, en juin 2015, a pillé tout son stock d’or accumulé depuis des mois. Pour Global Witness, il s’agit là d’un mensonge éhonté, accrédité par les autorités, destiné à éviter de payer des impôts locaux, estimés à au moins 300 000 dollars par an. Kun Hou, ce faisant, ne peut ignorer les lignes de conduites internationales. Ses deux représentants, Michael Wang et Franck Menard, ont participé en mai 2015 à un séminaire de trois jours au siège de l’OCDE, à Paris, sur les pratiques d’approvisionnement responsable pour les minerais.

2. Les gangsters des groupes armés

Les milices Raïa Mutumboki, composées de plusieurs groupes, ont été formées à l’origine, en 2005, pour « protéger la population contre les rebelles hutu rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) ». A l’effacement des rebelles, la plupart ont refusé de désarmer et se sont tournées contre la population, pratiquant le racket et les kidnappings contre rançon. Elles ont été achetées par Kun Hou dès l’arrivée de la société chinoise. Une lettre récupérée par Global Witness fait état d’un premier don de 4 000 dollars et de deux kalachnikovs, ainsi que des talkies-walkies et de la nourriture. Ces milices ont par ailleurs rançonné les dragueurs artisanaux, gagnant ainsi 25 000 dollars par mois, à raison de 5 grammes d’or prélevés deux fois par mois sur chaque installation.

Lire aussi : « Panama papers » : Dan Gertler, roi du Congo et de l’offshore

Au même moment, l’agence officielle chinoise Xinhua critiquait vertement les milices Raïa Mutumboki, qui se sont emparées de dix villages de la région de Shabunda en août 2015 et les ont soumis au pillage.

La rivière Ulindi, à l’est du Congo, charrie de l’or dans ses alluvions. Mais elle est aussi infestée de groupes armés, les Raia Mutumboki, qui rançonnent les orpailleurs et que la société chinoise Kun Hou a payés pour qu’ils la protègent.
La rivière Ulindi, à l’est du Congo, charrie de l’or dans ses alluvions. Mais elle est aussi infestée de groupes armés, les Raia Mutumboki, qui rançonnent les orpailleurs et que la société chinoise Kun Hou a payés pour qu’ils la protègent.Crédits : Desiree Ruppen, BGR

3. Des autorités complaisantes

Global Witness qualifie d’« incompréhensible » l’attitude du gouverneur du Sud-Kivu, Marcellin Cishambo, et son ex-ministre des mines, Adalbert Murhi. Ces deux personnages ont couvert les opérations illégales de Kun Hou, ont attesté du fameux « vol » de l’or par la population en juin 2015 et ont maquillé la provenance de l’or de Shabunda, dont ils savaient qu’il ne remplirait pas les standards internationaux, puisque son extraction nourrissait des groupes armés. Ainsi, dans les statistiques provinciales, tout l’or exporté par le Sud-Kivu en 2014 et 2015, soit 446 kg, uns sous-estimation grossière, provient de Walungu, la seule région dont les mines sont certifiées.

Lire aussi : RDC : la fièvre de l’or

Quand au printemps 2015 le premier ministre du Congo, Matata Ponyo Mapon, alarmé par les rapports en provenance de Shabunda, a intimé l’ordre au gouverneur du Sud-Kivu de fairecesser immédiatement la production d’or de la rivière Ulindi, celui-ci a fait la sourde oreille, avant de finalement publier un décret qu’il n’a pas pris son de faire appliquer. Au printemps 2016, des témoins ont rapporté à Global Witness que l’extraction de l’or à Shabunda continuait comme si de rien n’était.

4. Un organe de contrôle corrompu

Le Congo est doté d’une agence gouvernementale, la SAESSECAM (Service d’assistance et d’encadrement de small scale mining), chargée de protéger les orpailleurs artisanaux, qui travaillent souvent 24 heures sur 24 dans la rivière. A Shabunda, les agents de la SAESSECAM, dirigés par un certain John Tshonga, ont fait exactement le contraire. Ils se sont entendus avec les miliciens des Raïa Mutumboki pour prélever des taxes illégales sur les plongeurs et dragueurs artisanaux. Selon Global Witness, ces taxes illégales, environ 10 % de la production hebdomadaire, se sont élevées à 2,8 millions de dollars au moins, alors que le budget de la province du Sud-Kivu, lui, n’affichait aucun revenu fiscal en provenance de l’or alluvionnaire. Pendant ce temps, les mineurs ont connu un taux de mortalité important, soit en raison d’effondrements des berges de l’Ulindi, soit par approvisionnement insuffisant en oxygène durant leur plongée, soit encore parce qu’ils se faisaient heurter sous l’eau par des troncs charriés par la rivière.

Lire aussi : RDC : combien de femmes ont-elles été violées à Shabunda ?

5. Les marchands d’or de Bukavu

Selon Global Witness, la majorité de l’or de Shabunda quitte discrètement la RDC par le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda. Mais l’ONG a trouvé un document qui atteste d’une vente d’or de Kun Hou à un marchand de Bukavu, Alpha Gold. Dans les registres des exportations figure ensuite une seule transaction : la vente en 2015 de 12 kg d’or par Alpha Gold à sa compagnie sœur à Dubaï, Alpha Gold Corp DMCC, laquelle contrôle une compagnie britannique, Alpha Gold Ltd, enregistrée à Hatton Garden, le quartier londonien des joailliers. Aucune de ces sociétés, qui appartiendraient à l’homme d’affaires canadien Sibtein Alibhai, n’a exercé un devoir de diligence sur sa chaîne d’approvisionnement, conformément aux normes internationales.

Une « dragues suceuses » sur la rivière Ulindi. Elle aspire les sédiments alluviaux par un simple tuyau qu’un plongeur enfonce dans le gravier, à trente mètres de profondeur. Les sédiments remontés à la surface sont déversés sur une sorte de tapis. Les particules fines qui s’y trouvent sont amalgamées par l’équipe de lavage à l’aide de mercure. Après la combustion de l’amalgame, l’or pur peut être récupéré, environ 30 grammes par jour.
Une « dragues suceuses » sur la rivière Ulindi. Elle aspire les sédiments alluviaux par un simple tuyau qu’un plongeur enfonce dans le gravier, à trente mètres de profondeur. Les sédiments remontés à la surface sont déversés sur une sorte de tapis. Les particules fines qui s’y trouvent sont amalgamées par l’équipe de lavage à l’aide de mercure. Après la combustion de l’amalgame, l’or pur peut être récupéré, environ 30 grammes par jour.Crédits : COSOC-GL

L’histoire révélée par Global Witness, est loin d’être un cas unique. Selon un rapport publié en avril 2015 par les Nations Unies, les ressources naturelles exploitées et exportées illégalement dans l’est du Congo représente un pactole de 1,25 milliard de dollars par an. Entre 10 et 30 % de cette somme finance des organisations criminelles au Congo, estiment les experts, mais aussi dans d’autres pays. L’or est, de loin, le business le plus lucratif avec des profits estimés entre 40 et 120 millions de dollars, devant le bois, le charbon, les minerais et les diamants. Environ 98 % des revenus issus de l’exploitation illégale de ce métal précieux seraient en effet captés par des réseaux criminels. Au Congo, au moins 25 groupes armés empochent ainsi chaque année plusieurs millions de dollars. « Un lingot d’or d’un kilo (38 000 euros au cours actuel) a la taille d’un smartphone : impossible à repérer », souligne un bon connaisseur de la filière, sous couvert d’anonymat.

L’évolution de la législation internationale, qui limite en théorie le commerce des minerais extraits illégalement, a en réalité peu changé la donne sur le terrain. Adopté en 2010, le Dodd Franck Act oblige les sociétés cotées en bourse aux États-Unis à vérifier l’origine des minerais. « Mais cela se résume la plupart du temps à cocher des cases : il n’y a aucun contrôle sur place », regrette un expert, également sous couvert d’anonymat. La Chine a également adopté des normes, basées sur celles de l’OCDE, mais ne les applique pas. En RDC, les conditions de travail n’ont guère changé, voire se sont dégradées. « Il faut admettre que les sanctions se sont d’abord traduites par une chute du revenu pour les mineurs », admettent les experts de l’ONU.

Total poursuit l’Algérie en justice

Le siège de Total à la Défense

C’est une décision politiquement très sensible. Souvent considéré comme un bras armé de la diplomatie française, Total vient, en toute discrétion, d’engager un contentieux contre l’Algérie et sa compagnie pétrolière d’Etat, la Sonatrach. Le groupe français conteste la façon dont, au milieu des années 2000, l’Algérie a rétroactivement modifié à son avantage le partage des profits tirés du pétrole et du gaz.

Après avoir cherché en vain des solutions amiables, Total et son partenaire espagnol Repsol ont entamé en mai une procédure d’arbitrage, indiquent des sources concordantes. Ils ont déposé ensemble une requête à Genève auprès de la Cour internationale d’arbitrage, qui dépend de la Chambre de commerce internationale. Patrick Pouyanné, le PDG de Total, espère obtenir un dédommagement de quelques centaines de millions d’euros.

Cette action en justice – même s’il s’agit d’une justice privée – risque de ne pas améliorer les relations entre la France et l’Algérie, déjà tendues par les « Panama papers ». Début avril, Le Mondea révélé que des proches du chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, dont le ministre de l’industrie Abdeslam Bouchouareb, avaient disposé d’actifs cachés au Panama. Dans la foulée, l’ambassadeur de France a été convoqué par le ministre algérien des affaires étrangères.

Entre l’Algérie et la France, l’histoire des relations pétrolières a souvent été heurtée. Ce sont des géologues et ingénieurs français, notamment ceux de la Compagnie française des pétroles, ancêtre de Total, qui sillonnent les premiers le Sahara et découvrent les champs algériens au milieu des années 1950. Quinze ans plus tard, en 1971, l’Algérie devenue indépendante reprend le contrôle de ses richesses, et nationalise les actifs français au bénéfice de sa nouvelle compagnie nationale, la Sonatrach.

A la fin des années 1990, le pays souhaite cependant accélérer l’exploration et l’exploitation de ses gisements, et fait appel aux investissements étrangers. Les grandes compagnies occidentales affluent, de l’américain Anadarko au britannique BP, en passant par l’italien ENI, le norvégien Statoil ou encore Total.

Durcissement de la fiscalité

Mais au milieu des années 2000, Alger change de nouveau de cap. Voyant que les cours de l’or noir ne cessent de grimper, l’Etat abandonne ses promesses de libéralisation du secteur. Il durcit au contraire la fiscalité pétrolière pour capter une plus grande part de la rente. Une loi instaure, en 2006, ainsi une « taxe sur les profits exceptionnels » réalisés par les compagnies étrangères. Dès que le prix du baril dépasse 30 dollars, ce qui est largement le cas à l’époque, celles-ci doivent acquitter un impôt supplémentaire variant entre 5 % et… 50 % de la valeur de la production.

Cette mesure contre les « superprofits » fait le désespoir d’Anadarko, de BP et des autres. Les compagnies réagissent de deux façons. Compte tenu de cette taxe jugée dissuasive et de la hausse simultanée de leurs coûts de production, beaucoup d’entre elles stoppent leurs investissements en Algérie. Au point que les trois appels d’offres lancés par le gouvernement pour explorer le domaine minier en 2008, 2009 et 2011 se soldent par des échecs.

Plusieurs entreprises attaquent en même temps l’Algérie devant des tribunaux arbitraux. Qu’un Etat modifie la fiscalité pétrolière, cela relève de sa souveraineté. En revanche, les compagnies refusent que ce changement se traduise par une modification unilatérale et rétroactive de leurs contrats. Selon elles, les documents signés avec la Sonatrach devaient leur assurer une stabilité fiscale. Le pétrolier national doit donc leur rembourser la taxe qu’elles ont acquittée.

Cet argument porte. Pour éviter d’être condamnée, l’Algérie consent en 2012 à payer plus de 4 milliards de dollars (3,6 milliards d’euros) de compensation, en particulier à Anadarko, le principal opérateur, et au danois Maersk.

« Pour Total, l’Algérie n’est plus un partenaire majeur »

Total, pour sa part, a beaucoup hésité sur la conduite à tenir. Avant de mourir dans un accident en octobre 2014, le PDG Christophe de Margerie était en passe de lancer une procédure contre l’Algérie. Dans un premier temps, son successeur a tout stoppé, d’autant que les pouvoirs publics souhaitaient plutôt apaiser les relations avec le régime de M. Bouteflika.

Mais les tractations tentées avec la Sonatrach et Alger n’ayant pas abouti, Patrick Pouyanné s’est résolu au printemps à recourir à l’arbitrage. Malgré le caractère tardif de cette action, les chances de récupérer conjointement avec Repsol quelques centaines de millions d’euros, plus de 500 millions peut-être, ont été jugées supérieures aux risques. Le gouvernement français, consulté, n’y a pas mis son veto.

En faisant ainsi pression, les dirigeants espèrent pousser les Algériens à négocier un accord. « La porte reste ouverte », note-t-on dans le camp français. Mais si aucune solution n’est trouvée, ce ne sera pas un drame non plus. « Pour Total, l’Algérie n’est plus un partenaire majeur », explique une personne au fait du dossier. Sur place, le groupe n’emploie qu’environ 200 personnes. Toute sa production provient d’un gisement de gaz, celui de Tin Fouyé Tabankort, dont Total détient 35 % aux côtés de la Sonatrach et de Repsol. L’Algérie, dont la production pétrolière a décliné de 20 % en dix ans, représente seulement 1 % des volumes d’hydrocarbures de Total.

Le groupe participe néanmoins à un autre projet, celui d’exploitation du gisement de gaz de Timimoun, à 800 kilomètres au sud-ouest d’Alger. Une usine est en cours de construction. Total détient 38 % du projet, aux côtés de l’espagnol Cepsa et surtout de l’incontournable Sonatrach, qui contrôle 51 % des parts. « Total est un investisseur important en Algérie et entend y poursuivre son développement », indique la société pour tout commentaire sur ce dossier hautement inflammable.