Censure de l’origine du monde

Facebook confond-il œuvre d’art et pornographie? Le géant américain du net répondait jeudi d’accusations de censure devant la justice française pour avoir fermé le compte d’un particulier reproduisant une photo du tableau de Gustave Courbet L’Origine du monde. Point de départ du litige: l’action en justice d’un enseignant qui reproche au réseau social d’avoir désactivé son compte personnel, «sans préavis ni justificatif», le 27 février 2011.  «L’Origine du monde», 1866. Bridgeman Images/RDA/Bridgeman Images Devant la quatrième chambre civile du tribunal de Paris, les avocats du plaignant ont demandé jeudi après-midi à la justice de reconnaître la «censure», d’ordonner la réouverture du compte et d’accorder 20.000 euros pour le préjudice. Frédéric Durand, professeur des écoles, reproche au réseau social d’avoir désactivé son compte personnel, «sans préavis ni justificatif». Les conseils de la firme américaine estiment, eux, qu’il n’y a pas de préjudice et qu’ils étaient en droit de censurer le compte en raison de violation des conditions d’utilisation. «Nous n’avons commis aucune faute, occasionné aucun préjudice», ont affirmé à l’audience les avocats de Facebook, selon qui le plaignant «n’a pas apporté la preuve d’un lien entre cette déconnexion et la publication de l’œuvre de Gustave Courbet». Ils demandent 1 euro de réparation pour procédure abusive et 10.000 euros pour les frais. Le verdict sera rendu le 15 mars. À l’issue de l’audience, la directrice des affaires publiques Europe de la firme, Delphine Reyre, a assuré que «L’Origine du Monde est un tableau extrêmement significatif, qui a parfaitement sa place sur Facebook». Questionnements sur la compétence de la justice française En 2011, Frédéric Durand avait vu son compte supprimé par Facebook après la publication sur son mur du célèbre tableau du XIXe siècle de Gustave Courbet représentant un sexe féminin. La photo renvoyait à un lien permettant de visionner un reportage sur l’histoire de cette œuvre. Il avait publié cette image quelques jours après un artiste danois, Frode Steinicke, qui avait été lui aussi exclu de Facebook. Le réseau social avait alors expliqué que ses règles interdisaient, entre autres, la nudité, mais avait fini par réactiver le compte du Danois, sans le tableau litigieux. Le 4 octobre 2011, l’internaute français assignait Facebook en justice pour réclamer la réactivation de son compte, au nom de la liberté d’expression sur les réseaux sociaux. Pendant cinq ans, le géant du net a bataillé, de recours en recours, pour tenter d’échapper à la justice française, avec comme principal argument le fait qu’étant domiciliée en Californie, la société ne pouvait être jugée qu’aux États-Unis.