Du Sperme dans l’espace

Si la Station spatiale internationale est un symbole du progrès technologique humain et de la coopération mondiale, c’est aussi un lieu où de nombreuses expériences scientifiques ont lieu. Notamment pour étudier l’impact de l’espace sur tout et n’importe quoi. Ainsi, le 4 août 2013, un cargo japonais venait ravitailler l’ISS. Mais il y avait à son bord quelques échantillons assez improbables: du sperme lyophilisé provenant de 70 souris. Dès réception, ces petits sachets ont été placés au congélateur de la station et conservés à -95°C pendant neuf mois. Une fois renvoyés sur Terre, ils ont été récupérés par des chercheurs japonais qui ont alors commencé différentes expérimentations. Leurs résultats sont justement publiés ce lundi 22 mai dans la revue PNAS. Si l’expérience semble anecdotique, elle nous apprend en réalité beaucoup sur l’impact du vide spatial sur les spermatozoïdes et, indirectement, sur le futur de l’espèce humaine. En réalisant cette expérience, les scientifiques cherchaient à savoir si une société vivant dans l’espace aurait des problèmes pour se reproduire. Les auteurs rappellent que vivre hors de la Terre expose les êtres vivants à un état d’apesanteur et, surtout, à des radiations spatiales 100 fois supérieures, sans la barrière protectrice de notre planète bleue. Une fois le sperme de souris lyophilisé (l’avantage, face à la cryogénisation classique, c’est que les échantillons peuvent survivre à température ambiante quelque temps sans être endommagés) de retour sur Terre, les chercheurs ont d’abord vérifié son état. Et le fait est qu’après neuf mois dans l’espace, l’ADN des spermatozoïdes a été endommagé à cause des radiations spatiales, ces rayons cosmiques qui voyagent dans le vide stellaire et sont 100 fois plus puissants que sur Terre. Or, de précédents tests réalisés sur Terre semblaient montrer qu’il fallait une irradiation deux fois plus importante pour causer ce genre de problème. Ce qui voudrait dire que l’espace est plus dangereux que prévu pour les pauvres spermatozoïdes. Une fécondité inchangée Mais malgré ces désagréments, les scientifiques ont découvert avec surprise que les gamètes n’ont rien perdu de leur fécondité. En utilisant différentes techniques de reproduction assistée, les chercheurs se sont rendu compte que les spermatozoïdes ayant séjourné dans l’espace fonctionnaient aussi bien que ceux restés sur Terre (mais également lyophilisés). Le taux de naissance, lui aussi, était similaire. Pour les chercheurs, ces résultats indiquent que les dommages dus aux rayons cosmiques sont réparés après la fertilisation et n’ont donc eu aucun effet secondaire. En tout cas, pour une exposition de neuf mois. Les auteurs de l’article se demandent justement en conclusion si un stockage plus prolongé en orbite ne risque pas de causer des dégâts irréparables à des spermatozoïdes. D’autres recherches sont nécessaires pour en savoir plus. En attendant, les scientifiques appellent à la création de nouvelles techniques pour protéger de futurs échantillons de sperme des radiations, par exemple avec un bouclier de glace, afin d’ouvrir la voie à un futur où la reproduction dans des cités spatiales sera monnaie courante. Ils évoquent même une perspective encore plus folle. La conservation de sperme pourrait être d’une grande aide pour assurer l’avenir de l’espèce humaine, en cas de catastrophe mondiale. Un peu comme la fameuse réserve mondiale de semences du Svalbrad, qui stocke des graines en Arctique. Et alors, quel meilleur sanctuaire pour stocker les « graines » de l’homme que la Lune, interrogent les chercheurs. Ils imaginent déjà une arche de Noé de spermatozoïdes stockés dans les « tubes de lave » de notre satellite, ces tunnels gigantesques qui auraient été percés dans la surface par des coulées de lave dans le passé. Les semences humaines seraient ainsi à l’abri, préservés « par les températures très basses, protégées des radiations spatiales par les couches rocheuses épaisses et complètement isolées de n’importe quel désastre terrestre ».