La question non-prioritaire de la sécurité

Les attentats de 2015 ont évidemment pesé sur les esprits mais, même en décembre 2015, dans les données de l’enquête « Régionales 2015 », les attentats n’avaient pas occulté les autres problèmes. À la question ouverte « À votre avis, quel est le problème le plus important pour la France aujourd’hui ? », 45 % des répondants ont répondu spontanément « le chômage », le deuxième problème le plus important ayant trait aux responsables politiques et à leurs défauts. La sécurité n’était mentionnée que par 5 % des répondants, auxquels on peut ajouter les 3 % qui ont répondu « les attentats ». On retrouve le même phénomène avec une autre méthodologie (question fermée avec une liste de priorités) dans le baromètre annuel de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) (figure ci-dessous). culturelles (la perte d’identité de la France, l’immigration, l’antisémitisme, le racisme, l’intégrisme religieux), sécuritaires (l’insécurité, le terrorisme), sociales (la crise économique, le chômage, la pauvreté, la mondialisation), environnementales, ou plus diffuses (le sida, la drogue). Ici encore, les événements de 2015 ont affecté les Français, mais largement moins qu’on pouvait s’y attendre. La crainte d’attentats ne préoccupait qu’environ 5 % des répondants jusqu’en 2013 et était largement distancée par des peurs autour de la crise économique, du chômage ou de la pauvreté. Après les attentats de janvier 2015 et de novembre 2015, cette crainte a fortement crû : en février 2015, 14 % des répondants la citent comme première crainte et 18 % en janvier 2016. Elle reste cependant largement en deçà des préoccupationssociales(21 % desrépondants citent le chômage comme première crainte et 11 % la crise économique). La préoccupation terroriste ne passe devant la crainte du chômage que parmi les proches du FN (24 % contre 11 %) et fait jeu égal parmi les soutiens des Républicains (26 % contre 25%). Un regard rétrospectif montre d’ailleurs que le chômage n’a été détrôné qu’une seule fois comme la première préoccupation des Français, en 2002 par la sécurité. Et encore, l’écart était faible. En résumé, les attentats ont bien constitué un choc médiatique et d’opinion, mais ils n’ont pas effacé les autres préoccupations des Français, notamment les préoccupations sociales et économiques. Surtout, les préoccupations de sécurité ne semblent pas durables et peuvent s’estomper vite, comme le montrent les évolutions des préoccupations sécuritaires dans les années 2000.